EsclaveLUCETTE AUTREMENT….. dimanche 7 mars 2010 Entretien avec Lucette Michaux-Chevry Le Mika D?a? N° 23 Un sens pr?ce de la r?lte « Pour bien comprendre mon parcours politique, on ne peut pas l’extraire de l’?cation que j’ai re?. Une famille de 10 enfants, au sein d’une soci? dans laquelle les filles n’avaient pas de place. Aussi, je me suis toujours r?lt?contre ce sentiment d’inf?orit?Ma jeunesse a ? celle d’une ?rch?vive, d’une r?lt? J’ai ? tr?jeune, fortement marqu?par l’histoire G?nimo, par sa r?lte, son refus subir l’invasion am?caine. De m?, je n’ai jamais accept?e subir: c’est une force mais c’est aussi une faiblesse. J’ai ? ?v?par une m? tr?petite, tr?autoritaire, puissante, en tr?bonne sant?qui n’a jamais ? malade, qui est morte tr??e. Et j’ai toujours gard?n moi l’image que la maladie, la faiblesse, ?it un signe d’impuissance et que je devais toujours contr?. Ma m? m’a enseign?ne devise que j’ai ?g?omme un pilier dans ma vie: « Dans la vie, pars la premi?, va de l’avant. ». C’est comme une force d’impulsion; j’ai en moi une v?table rage de vivre, d’apprendre, de travailler, de combattre. Et je ne supporte pas la m?ocrit?/p> En la politique, il n’y a pas de place pour l’h?tation, pas de place pour les ?ts d’?. On trace le sillon et on y va… Ses valeurs: Unit?’est pas Uniformit?/strong> « J’ai toujours eu une tr?grande ambition pour mon pays. Tr?t?j’ai pr?le slogan « Fran?s majeur », et ?a ? la devise de toute ma carri? politique. Cela signifie que je pense que nous sommes dans un bloc, dans lequel nous partageons des valeurs r?blicaines. Je suis dans un pays, o? puissance des institutions, leur stabilit?constituent un ciment extr?ment fort. Mais en m? temps, lorsque l’on regarde l’histoire de la France, il y a toujours eu un sentiment tout aussi fort de r?onalisation, ?ravers par exemple les Chouans, les sp?ficit?juridiques de l’Alsace, l’histoire de Nice de son rayonnement, etc. Il y a toujours eu en France un sens tr?fort de centralisme, de l’unit?ationale, mais sans jamais d’uniformit?Unit?e veut pas dire uniformit?La France est diverse. Or j’ai mal v? de voir que la d?rtementalisation, devait se contenter de n’?e qu’une photocopie litt?le de mise en application des textes de la m?opole. J’ai beaucoup analys?a pens?du G?ral de Gaulle sur la Constitution de la V? R?blique. Et Justement dans la V? R?blique, on voit appara?e de fa? tr?claire, la prise en compte des particularismes de l’Outre-Mer. Si ces particularismes ont ? scell?au sein de le Constitution, pour autant, chaque fois qu’un texte ?it vot?il ?it appliqu?ans prendre en compte nos sp?ficit? Mais c’est aussi de notre faute. Il ne faut pas tout le temps, se d?sponsabiliser, en se disant que c’est la faute de l’autre. La soci? Guadeloup?ne : Un peuple qui a tendance ?ublier sa capacit? r?ster Nous avons trop cherch?apr?les s?elles de l’esclavage, ?ommer l’esclavage lui-m?. Nous avons laiss?ommer l’esclavage. La France le voulait, parce que dans ses valeurs humanistes, elle ne pouvait pas admettre qu’elle ait pu nier ?n homme son humanit?parce qu’il ?it noir. Et nous esclaves, nous avons trop fix?os regard sur le ma?e. Nous nous sommes d?nsid?s, en perdant de vue que parmi les esclaves, il y avait aussi des princes. Alors toute l’histoire de la Guadeloupe, se construit dans une ?rnelle recherche de notre propre identit?Nous sommes des ?es d?ir? ?rch?vifs, fragiles. Nous r?issons avec des sentiments parfois tr?nobles, mais sous des impulsions, parce que nous n’avons pas constitu?otre propre terroir. Nous nous sommes vus ?ravers le ma?e, ?ravers l’autre, ?ravers la M?-Patrie et ses h?s, ?ravers tout ce que l’on nous a inculqu?epuis l’enfance, en nous oubliant nous-m?, en occultant notre histoire pourtant tr?riche. Mais lorsque que l’on regarde notre histoire, certes, il y a un pass?ouloureux, mais il y a aussi un pass?e r?stance. On le perd trop souvent de vue. Moi je suis fatigu?de voir que l’on montre toujours l’esclave qui re?t le fouet, alors qu’on oublie ceux qui r?staient au fouet. On oublie l’esclave, qui le pied coup?partait quand m? ?a recherche de sa libert?en sachant qu’il allait perdre l’autre pied. On oublie cette capacit?xtraordinaire que poss?it l’esclave ??ster, ?e pas se laisser d?ader. Delgr? est le symbole qui nous ressemble: un homme p?i de la culture fran?se et imbib?es r?es de la R?blique qui renonce ?ous ses galons pour devenir un n?e marron. Nous aurions pu b?r, dans le giron de la France, un ?t d’un id? extraordinaire, o? place de l’homme est au centre d’une soci? m?ss?ethniquement, culturellement, historiquement. Car en nous, dans nos g?s, coexistent un cocktail de races et un brassage de cultures. Mais au lieu de cela, la Guadeloupe est devenue une ?nge qui se baigne, dans la culture des autres, dans les pens? des autres, dans les soci?s de consommation des autres. Or nous avons perdu la qualit?ondamentale de l’?nge: une ?nge est vivante et nous, nous sommes une ?nge morte. Nous nous contentons de photocopier. Apr?avoir photocopi?a France, nous avons photocopi?’Afrique. E kon y?a nou ka fotokopi?a karaib. Ses combats politiques : Projeter la Guadeloupe toujours plus loin J’ai men?a ligne politique avec ce que j’ai en moi, avec ma force de caract?, avec ma capacit? combattre. On oublie que lorsque j’ai eu la lourde tache de mettre en place la d?ntralisation, c’?it un combat contre l’Etat. Et j’ai pu obtenir, dans le cadre de la d?lution des biens que le patrimoine de la Guadeloupe reste ?a Guadeloupe. La R?dence D?rtementale n’aurait jamais ? la propri? du Conseil G?ral, si je n’avais pas tap?u poing sur la table. Il en est de m? pour les ports et de bien d’autres b?ments. Et quand on engage un combat contre l’Etat, il faut ?e pr??n subir les cons?ences. Rien n’a ? facile pour moi, toutes les d?sions que je pouvais prendre faisait l’objet d’un examen « minutieux ». Tout ?it contr? v?fi?on ne me laissait pas passer une virgule de travers. Mais je n’en ai pas souffert, car ?? pour moi une formation excellente. On me donnait l’obligation d’?e parfaite. 1982, j’ai ? la premi? femme en France, Pr?dente du Conseil G?ral. 1992, je deviens Pr?dente de R?on et aussi la premi? femme ?voir ce mandat. ? ne fait pas plaisir ?out le monde. J’ai connu, par exemple, la fermeture de mes locaux par la Pr?cture. J’ai d?tervenir aupr?du Ministre de l’?que M. Deferre, pour faire respecter la loi r?blicaine. Avec la d?ntralisation, j’ai essay?t r?si ?rojeter la Guadeloupe vers l’ext?eur. J’ai r?is?es R?ons Ultra P?ph?que, en 1993, avec la Guadeloupe, la Martinique, les Canaries, les A?es et Mad?. Tous les pr?dents sont venus signer ici-m?, la reconnaissance que l’Europe n’?it pas continentale, qu’elle poss?it un bassin maritime extr?ment riche gr? ?ous. Ensuite j’ai cr?la coop?tion carib?ne, j’ai sign?es « Accords de l’association des pays de la Cara? ». Mais aujourd’hui, tout le monde a tout oubli?On a oubli?ue la France, normalement, n’a pas a intervenir dans la Cara?, sauf dans ses pouvoirs r?liens. Tout le reste est de notre comp?nce. J’ai initi?a coop?tion scientifique et technique, dans le domaine de la recherche, dans le domaine de la pharmacop? dans le domaine culturel. J’ai m? lanc?es autoroutes de la communication, et normalement nous aurions d?ner les op?tions. On nous faisait tellement confiance ?’?que, que nous g?ons le programme LEADER, c’est la Guadeloupe qui g?it les fonds de coop?tion dans la Cara?. Nous avions fait des avanc? consid?bles… Aujourd’hui, nous avons beaucoup perdu. Et cela a abouti ?a faiblesse actuelle du rayonnement de Guadeloupe. Aujourd’hui, ce qui m’attriste, c’est de voir, que malgr?a d?ntralisation, il y a un tel vide, que l’Etat a repris le pouvoir. La politique est une vocation, un don de soi pour les autres. Mais quand je vois la classe politique actuelle, je suis totalement d?as? Moi j’ai appris ?aire de la politique avec des grands seigneurs: Nainsouta, Bernier, Archim?, Ib?, Ninine et j’en passe. Et ils ont toujours r?si ?onstituer des blocs de r?stance contre les propositions du Pr?t, qui ?it ?’?que le patron du Conseil G?ral. Avant, on rentrait en politique parce que l’on avait la foi. L’entr?en politique se faisait lorsque l’on ?it d? un personnage r?t?t reconnu soit par son travail, soit par sa renomm? Aujourd’hui, on rentre en politique pour avoir une carte de visite. La politique c’est une vocation, un don de soi pour les autres. Je ne sens plus dans la classe politique actuelle, cette force qui poussait ??ndre notre pays. Je ne vois plus cette flamme qui fait la force de l’homme politique. Je ne veux pas dire qu’en Guadeloupe, il n’y a pas d’hommes politiques comp?nts, le probl? n’est pas l?/p> Mais je ne sens plus cette flamme, moi, je l’ai encore en moi et je ne la perdrai jamais. Elle me porte, elle rayonne en moi, elle m’?aire, elle me fait combative. D?que l’on parle la Guadeloupe, elle s’anime en moi. L’assembl?unique Lorsque le 7 Decembre 2003, on a vot?ON au R?rendum, sous l’impulsion de Victorin Lurel (qui a cr?le front du refus pour emp?er les deux collectivit?de se fondre en une seule), qu’a t-on fait ? On a men?n combat contre Michaux-Chevry. On a parl?e l’affaire Jancky, on a parl?u pouvoir personnel. Et en d?nitive, les Guadeloup?s ont dit ?ne majorit?crasante : « Nous ne sommes pas capables de g?r notre pays, nous ne sommes pas pr? ?ssumer nos responsabilit? Nous voulons le droit commun fran?s, tout le droit commun fran?s, rien que le droit commun fran?s. » Mais si l’on dit aux gens qu’ils n’auront plus le RMI, ni les allocations familiales, qu’ils vont perdre leur retraite, que la petite voiture jaune ne passera plus, il est normal qu’ils aient peur. Les m?as ont contribu? fausser le d?t. La Guadeloupe, le 7 D?mbre, aurait pu, aurait du avoir une assembl?unique, sur le fondement de l’article 73, o? y aurait eu moins d’?s. Et en mars 2004, toutes les forces de gauche (et autre) se seraient battues pour abattre Michaux-Chevry. Mais la Gauche m’a rendue le plus bel hommage qui soit le 7 D?mbre, en faisant voter NON pour m’abattre, et en confondant Lucette Michaux-Chevry ?a Guadeloupe. Il appartient aux ?s d’informer la population, de tuer des grandes peurs, par un dialogue de v?t?Oui j’aurai d?re ?e Pr?dente en 2004, il suffisait que je renonce ?’Assembl?unique. Mais je pr?re ?e l?? suis… La crise actuelle: Les 200 euros s’apparentent ?ne forme d?adante de mendicit?strong> Lors de mes voeux ?a population de Basse-Terre au d?t Janvier 2009, j’avais pr?t que la Guadeloupe allait exploser. Dans nos assembl?, on ne prend pas en compte l’opposition, elle est litt?lement ?uff? Un maire qui critique au Conseil R?onal, voit ses subventions imm?atement sucr?. Aujourd’hui, ?a veille des ?ctions, on fait du cin?, on donne de l’argent ?out le monde. Mais nous ne sommes pas dans un syst? de d?cratie, nous sommes dans une petite dictature, une toute petite dictature, bas?sur la mesquinerie. Ce qui fait avancer dans une assembl? c’est l’?ange. Quand un adversaire politique vous apporte une argumentation de nature ?ourrir un projet, c’est enrichissant. Mais quand vous avez un monologue en continu, il faut bien se rendre compte qu’il y aura un contre-pouvoir, mais dans la rue. Quand d’autre part, le d?loppement t?nne, que l’?nomie est en panne, que les plus d?nis peinent encore plus, la r?lte ne se fait pas attendre. Quand d’un autre c? on voit un Pr?dent qui va aux Etats Unis d?acer du monde pour assister ?n match de football, qui d?nse des sommes folles pour des manifestations musicales, quand la jeunesse voit fermer l’AFPA et est oblig?de se rendre en Martinique pour suivre des formations, il est normal qu’un contre-pouvoir s’instaure. Au d?t du mouvement, j’ai per?la revendication « la Gwadloup s?an nou » comme un cri, un appel ?voir plus de de pouvoir d?sionnel, plus de responsabilit? La demande de travail pour tous correspondait aux id? qui sont les miennes: travail, dignit?responsabilit?/p> Mais quand j’ai vu tout cela se transformer en 200 euros, je me suis referm?comme un huitre. Certes, les revendications sur le co?e la vie sont l?times, oui il est indispensable de mettre en place un v?table plan de relance, mais on ne r?e pas la question de la dignit?’un peuple avec de l’argent, avec 200 euros. Qu’est-ce que ?a rapport?ux 80 000 foyers qui ont b?fici?es 200 euros? O?t all?et argent? Soit dans les traites de voiture, soit dans les fausses septiques. ? s’apparente pour moi, ?ne forme d?adante de mendicit?La Guadeloupe m?te mieux que cela. La jeunesse guadeloup?ne, et c’est l?’espoir, a encore une certaine fiert?/p> De l’apaisement pour la Guadeloupe de demain Je ne vais pas tout dire. Mais ma principale pr?cupation, c’est que chaque guadeloup? commence par se remettre lui-m? en question. Est-ce j’aime mon pays? Est-ce que je mange ce que produit mon pays? Est-ce que je vis pour mon pays? En un mot je voudrais que la Guadeloupe r?prenne ?egarder la Guadeloupe, ?couter la Guadeloupe, et ?’instar de nos ain??e donner pour le Guadeloupe. A partir de cette base, tous les projets de soci? sont r?isables. Car on peut b?r des tonnes de projets de soci?. Mais si nous ne faisons pas la Guadeloupe p?trer dans nos veines, dans notre sang, dans notre cerveau, si nous ne faisons pas de la Guadeloupe la finalit?e toutes nos actions, nous allons vers des lendemains terribles. Le destin m’a permis de faire le tour du monde de par les deux postes minist?els que j’ai occup?J’ai combattu le tourisme sexuel, j’ai fait changer le code p?l fran?s. A la demande de Fran?s Mitterand, j’ai pr?r?a r?exion sur le Tribunal P?l International charg?e sanctionner les crimes contre l’humanit?Et l?je rend un hommage au barreau de la Guadeloupe qui a oeuvr? m’aider dans ces deux dossiers importants. Je pourrai citer de nombreux exemples o?ai port?aut et fort le nom de la France, avec toujours au fond de moi une fibre guadeloup?ne qui ne m’a jamais quitt?/p> La Guadeloupe a besoin d’?e pacifi? d’un discours politique de coh?nce, de pond?tion et de sagesse. Les jeunes attendent de nous l’esp?nce. Et l’esp?nce ne na?que dans un climat de tol?nce et de respect de l’autre. Le destin m’a beaucoup donn?Et tout ce que le destin m’a donn?je n’ai qu’une ambition, aujourd’hui : le restituer ?es compatriotes. Propos recueillis par Gladys D?crite ...Entretien avec Lucette Michaux-Chevry dimanche 7 mars 2010 [Le Mika Déchaîné a rencontré Lucette Michaux-Chevry, ancien ministre, sénateur, et ... mère de Marie-Luce Penchard. Entretien paru dans le n°23] Un sens précoce de la révolte « Pour bien comprendre mon parcours politique, on ne peut pas l’extraire de l’éducation que j’ai reçue. Une famille de 10 enfants, au sein d’une société dans laquelle les filles n’avaient pas de place. Aussi, je me suis toujours révoltée contre ce sentiment d’infériorité. Ma jeunesse a été celle d’une écorchée vive, d’une révoltée. J’ai été très jeune, fortement marquée par l’histoire Géronimo, par sa révolte, son refus subir l’invasion américaine. De même, je n’ai jamais accepté de subir: c’est une force mais c’est aussi une faiblesse. J’ai été élevée par une mère très petite, très autoritaire, puissante, en très bonne santé, qui n’a jamais été malade, qui est morte très âgée. Et j’ai toujours gardé en moi l’image que la maladie, la faiblesse, était un signe d’impuissance et que je devais toujours contrôler. Ma mère m’a enseigné une devise que j’ai érigé comme un pilier dans ma vie: « Dans la vie, pars la première, va de l’avant. ». C’est comme une force d’impulsion; j’ai en moi une véritable rage de vivre, d’apprendre, de travailler, de combattre. Et je ne supporte pas la médiocrité… En la politique, il n’y a pas de place pour l’hésitation, pas de place pour les états d’âme. On trace le sillon et on y va… Ses valeurs: Unité n’est pas Uniformité « J’ai toujours eu une très grande ambition pour mon pays. Très tôt, j’ai prôné le slogan « Français majeur », et ça a été la devise de toute ma carrière politique. Cela signifie que je pense que nous sommes dans un bloc, dans lequel nous partageons des valeurs républicaines. Je suis dans un pays, où la puissance des institutions, leur stabilité, constituent un ciment extrêmement fort. Mais en même temps, lorsque l’on regarde l’histoire de la France, il y a toujours eu un sentiment tout aussi fort de régionalisation, à travers par exemple les Chouans, les spécificités juridiques de l’Alsace, l’histoire de Nice de son rayonnement ect… Il y a toujours eu en France un sens très fort de centralisme, de l’unité nationale, mais sans jamais d’uniformité. Unité ne veut pas dire uniformité. La France est diverse. Or j’ai mal vécu de voir que la départementalisation, devait se contenter de n’être qu’une photocopie littérale de mise en application des textes de la métropole. J’ai beaucoup analysé la pensée du Général de Gaulle sur la Constitution de la Vème République. Et Justement dans la Vème République, on voit apparaître de façon très claire, la prise en compte des particularismes de l’Outre-Mer. Si ces particularismes ont été scellés au sein de le Constitution, pour autant, chaque fois qu’un texte était voté, il était appliqué sans prendre en compte nos spécificités. Mais c’est aussi de notre faute. Il ne faut pas tout le temps, se déresponsabiliser, en se disant que c’est la faute de l’autre. La société Guadeloupéenne : Un peuple qui a tendance à oublier sa capacité à résister Nous avons trop cherché, après les séquelles de l’esclavage, à gommer l’esclavage lui-même. Nous avons laissé gommer l’esclavage. La France le voulait, parce que dans ses valeurs humanistes, elle ne pouvait pas admettre qu’elle ait pu nier à un homme son humanité, parce qu’il était noir. Et nous esclaves, nous avons trop fixé nos regard sur le maître. Nous nous sommes déconsidérés, en perdant de vue que parmi les esclaves, il y avait aussi des princes. Alors toute l’histoire de la Guadeloupe, se construit dans une éternelle recherche de notre propre identité. Nous sommes des êtres déchirés, écorchés vifs, fragiles. Nous réagissons avec des sentiments parfois très nobles, mais sous des impulsions, parce que nous n’avons pas constitué notre propre terroir. Nous nous sommes vus à travers le maître, à travers l’autre, à travers la Mère-Patrie et ses héros, à travers tout ce que l’on nous a inculqué depuis l’enfance, en nous oubliant nous-même, en occultant notre histoire pourtant très riche. Mais lorsque que l’on regarde notre histoire, certes, il y a un passé douloureux, mais il y a aussi un passé de résistance. On le perd trop souvent de vue. Moi je suis fatiguée de voir que l’on montre toujours l’esclave qui reçoit le fouet, alors qu’on oublie ceux qui résistaient au fouet. On oublie l’esclave, qui le pied coupé, partait quand même à la recherche de sa liberté, en sachant qu’il allait perdre l’autre pied. On oublie cette capacité extraordinaire que possédait l’esclave à résister, à ne pas se laisser dégrader. Delgrès, est le symbole qui nous ressemble: un homme pétri de la culture française et imbibé des règles de la République qui renonce à tous ses galons pour devenir un nègre marron. Nous aurions pu bâtir, dans le giron de la France, un îlot d’un idéal extraordinaire, où la place de l’homme est au centre d’une société métissée ethniquement, culturellement, historiquement. Car en nous, dans nos gènes, coexistent un cocktail de races et un brassage de cultures. Mais au lieu de cela, la Guadeloupe est devenue une éponge qui se baigne, dans la culture des autres, dans les pensées des autres, dans les sociétés de consommation des autres. Or nous avons perdu la qualité fondamentale de l’éponge: une éponge est vivante et nous, nous sommes une éponge morte. Nous nous contentons de photocopier. Après avoir photocopié la France, nous avons photocopié l’Afrique. E kon yé la nou ka fotokopié la karaib. Ses combats politiques : Projeter la Guadeloupe toujours plus loin J’ai mené ma ligne politique avec ce que j’ai en moi, avec ma force de caractère, avec ma capacité à combattre. On oublie que lorsque j’ai eu la lourde tache de mettre en place la décentralisation, c’était un combat contre l’Etat. Et j’ai pu obtenir, dans le cadre de la dévolution des biens que le patrimoine de la Guadeloupe reste à la Guadeloupe. La Résidence Départementale n’aurait jamais été la propriété du Conseil Général, si je n’avais pas tapé du poing sur la table. Il en est de même pour les ports et de bien d’autres bâtiments. Et quand on engage un combat contre l’Etat, il faut être prêt à en subir les conséquences. Rien n’a été facile pour moi, toutes les décisions que je pouvais prendre faisait l’objet d’un examen « minutieux ». Tout était contrôlé, vérifié, on ne me laissait pas passer une virgule de travers. Mais je n’en ai pas souffert, car ça été pour moi une formation excellente. On me donnait l’obligation d’être parfaite. 1982, j’ai été la première femme en France, Présidente du Conseil Général. 1992, je deviens Présidente de Région et aussi la première femme à avoir ce mandat. Ça ne fait pas plaisir à tout le monde. J’ai connu, par exemple, la fermeture de mes locaux par la Préfecture. J’ai dû intervenir auprès du Ministre de l’époque M. Deferre, pour faire respecter la loi républicaine. Avec la décentralisation, j’ai essayé et réussi à projeter la Guadeloupe vers l’extérieur. J’ai réalisé les Régions Ultra Périphérique, en 1993, avec la Guadeloupe, la Martinique, les Canaries, les Açores et Madère. Tous les présidents sont venus signer ici-même, la reconnaissance que l’Europe n’était pas continentale, qu’elle possédait un bassin maritime extrêmement riche grâce à nous. Ensuite j’ai créé la coopération caribéenne, j’ai signé les « Accords de l’association des pays de la Caraïbe ». Mais aujourd’hui, tout le monde a tout oublié! On a oublié que la France, normalement, n’a pas a intervenir dans la Caraïbe, sauf dans ses pouvoirs régaliens. Tout le reste est de notre compétence. J’ai initié la coopération scientifique et technique, dans le domaine de la recherche, dans le domaine de la pharmacopée, dans le domaine culturel. J’ai même lancé les autoroutes de la communication, et normalement nous aurions dû mener les opérations. On nous faisait tellement confiance à l’époque, que nous gérions le programme LEADER, c’est la Guadeloupe qui gérait les fonds de coopération dans la Caraïbe. Nous avions fait des avancées considérables… Aujourd’hui, nous avons beaucoup perdu. Et cela a abouti à la faiblesse actuelle du rayonnement de Guadeloupe. Aujourd’hui, ce qui m’attriste, c’est de voir, que malgré la décentralisation, il y a un tel vide, que l’Etat a repris le pouvoir. La politique est une vocation, un don de soi pour les autres. Mais quand je vois la classe politique actuelle, je suis totalement déphasée. Moi j’ai appris à faire de la politique avec des grands seigneurs: Nainsouta, Bernier, Archimède, Ibéné, Ninine et j’en passe. Et ils ont toujours réussi à constituer des blocs de résistance contre les propositions du Préfet, qui était à l’époque le patron du Conseil Général. Avant, on rentrait en politique parce que l’on avait la foi. L’entrée en politique se faisait lorsque l’on était déjà un personnage réputé et reconnu soit par son travail, soit par sa renommée. Aujourd’hui, on rentre en politique pour avoir une carte de visite. La politique c’est une vocation, un don de soi pour les autres. Je ne sens plus dans la classe politique actuelle, cette force qui poussait à défendre notre pays. Je ne vois plus cette flamme qui fait la force de l’homme politique. Je ne veux pas dire qu’en Guadeloupe, il n’y a pas d’hommes politiques compétents, le problème n’est pas là… Mais je ne sens plus cette flamme, moi, je l’ai encore en moi et je ne la perdrai jamais. Elle me porte, elle rayonne en moi, elle m’éclaire, elle me fait combative. Dès que l’on parle la Guadeloupe, elle s’anime en moi. L’assemblée unique Lorsque le 7 Decembre 2003, on a voté NON au Référendum, sous l’impulsion de Victorin Lurel (qui a créé le front du refus pour empêcher les deux collectivités de se fondre en une seule), qu’a t-on fait ? On a mené un combat contre Michaux-Chevry. On a parlé de l’affaire Jancky, on a parlé du pouvoir personnel. Et en définitive, les Guadeloupéens ont dit à une majorité écrasante : « Nous ne sommes pas capables de gérer notre pays, nous ne sommes pas prêts à assumer nos responsabilités. Nous voulons le droit commun français, tout le droit commun français, rien que le droit commun français. » Mais si l’on dit aux gens qu’ils n’auront plus le RMI, ni les allocations familiales, qu’ils vont perdre leur retraite, que la petite voiture jaune ne passera plus, il est normal qu’ils aient peur. Les médias ont contribué à fausser le débat. La Guadeloupe, le 7 Décembre, aurait pu, aurait du avoir une assemblée unique, sur le fondement de l’article 73, où il y aurait eu moins d’élus. Et en mars 2004, toutes les forces de gauche (et autre) se seraient battues pour abattre Michaux-Chevry. Mais la Gauche m’a rendue le plus bel hommage qui soit le 7 Décembre, en faisant voter NON pour m’abattre, et en confondant Lucette Michaux-Chevry à la Guadeloupe. Il appartient aux élus d’informer la population, de tuer des grandes peurs, par un dialogue de vérité. Oui j’aurai dû être élue Présidente en 2004, il suffisait que je renonce à l’Assemblée unique. Mais je préfère être là où je suis… La crise actuelle: Les 200 euros s’apparentent à une forme dégradante de mendicité Lors de mes voeux à la population de Basse-Terre au début Janvier 2009, j’avais prédit que la Guadeloupe allait exploser. Dans nos assemblées, on ne prend pas en compte l’opposition, elle est littéralement étouffée. Un maire qui critique au Conseil Régional, voit ses subventions immédiatement sucrées. Aujourd’hui, à la veille des élections, on fait du cinéma, on donne de l’argent à tout le monde. Mais nous ne sommes pas dans un système de démocratie, nous sommes dans une petite dictature, une toute petite dictature, basée sur la mesquinerie. Ce qui fait avancer dans une assemblée, c’est l’échange. Quand un adversaire politique vous apporte une argumentation de nature à nourrir un projet, c’est enrichissant. Mais quand vous avez un monologue en continu, il faut bien se rendre compte qu’il y aura un contre-pouvoir, mais dans la rue. Quand d’autre part, le développement tâtonne, que l’économie est en panne, que les plus démunis peinent encore plus, la révolte ne se fait pas attendre. Quand d’un autre côté, on voit un Président qui va aux Etats Unis déplacer du monde pour assister à un match de football, qui dépense des sommes folles pour des manifestations musicales, quand la jeunesse voit fermer l’AFPA et est obligée de se rendre en Martinique pour suivre des formations, il est normal qu’un contre-pouvoir s’instaure. Au début du mouvement, j’ai perçu la revendication « la Gwadloup sé tan nou » comme un cri, un appel à avoir plus de de pouvoir décisionnel, plus de responsabilités. La demande de travail pour tous correspondait aux idées qui sont les miennes: travail, dignité, responsabilité. Mais quand j’ai vu tout cela se transformer en 200 euros, je me suis refermée comme un huitre. Certes, les revendications sur le coût de la vie sont légitimes, oui il est indispensable de mettre en place un véritable plan de relance, mais on ne règle pas la question de la dignité d’un peuple avec de l’argent, avec 200 euros. Qu’est-ce que ça a rapporté aux 80 000 foyers qui ont bénéficié des 200 euros? Où est allé cet argent? Soit dans les traites de voiture, soit dans les fausses septiques. Ça s’apparente pour moi, à une forme dégradante de mendicité. La Guadeloupe mérite mieux que cela. La jeunesse guadeloupéenne, et c’est là l’espoir, a encore une certaine fierté. De l’apaisement pour la Guadeloupe de demain Je ne vais pas tout dire. Mais ma principale préoccupation, c’est que chaque guadeloupéen commence par se remettre lui-même en question. Est-ce j’aime mon pays? Est-ce que je mange ce que produit mon pays? Est-ce que je vis pour mon pays? En un mot je voudrais que la Guadeloupe réapprenne à regarder la Guadeloupe, à écouter la Guadeloupe, et à l’instar de nos ainés à se donner pour le Guadeloupe. A partir de cette base, tous les projets de société sont réalisables. Car on peut bâtir des tonnes de projets de société. Mais si nous ne faisons pas la Guadeloupe pénétrer dans nos veines, dans notre sang, dans notre cerveau, si nous ne faisons pas de la Guadeloupe la finalité de toutes nos actions, nous allons vers des lendemains terribles. Le destin m’a permis de faire le tour du monde de par les deux postes ministériels que j’ai occupé. J’ai combattu le tourisme sexuel, j’ai fait changer le code pénal français. A la demande de François Mitterand, j’ai préparé la réflexion sur le Tribunal Pénal International chargé de sanctionner les crimes contre l’humanité. Et là, je rend un hommage au barreau de la Guadeloupe qui a oeuvré à m’aider dans ces deux dossiers importants. Je pourrai citer de nombreux exemples où j’ai porté haut et fort le nom de la France, avec toujours au fond de moi une fibre guadeloupéenne qui ne m’a jamais quitté. La Guadeloupe a besoin d’être pacifiée, d’un discours politique de cohérence, de pondération et de sagesse. Les jeunes attendent de nous l’espérance. Et l’espérance ne naît que dans un climat de tolérance et de respect de l’autre. Le destin m’a beaucoup donné. Et tout ce que le destin m’a donné, je n’ai qu’une ambition, aujourd’hui : le restituer à mes compatriotes. Propos recueillis par Gladys Démocrite Partager sur Facebook...LES IMMIGRES DE GUADELOUPE vendredi 12 février 2010 Revenons sur une période assez mal connue de l?histoire de la Guadeloupe, au cours de laquelle l?Archipel dû faire appel à d?importants apports de travailleurs immigrés (je dis bien "immigrés" et pas "esclaves"). À la suite de la seconde abolition de l?esclavage, en 1848, qui heureusement fut définitive, plusieurs raisons se conjuguèrent pour créer un important déficit de main d??uvre dans les plantations de cannes à sucre. Il y eut, et nous en avons déjà parlé, le refus de nombreu... ...La prostitution, l esclavage sexuel des femmes du Moyen âge à nos jours! mardi 9 février 2010 La femme esclave, exploitée sans vergogne par des réseaux mafieux ou par le ''maquereau '' du coin! La prostitution au Moyen Age! D'après les spécialistes du Moyen Age, il semblerait, qu'effectivement la prostitution féminine, daterait de cette époque! Les gens d'alors fermaient les yeux sur les locaux abritant les prostituées, destinés aux célibataires. L'on dit que même qu'un prêtre, un moine pouvait librement accéder à ce type d'établissements. La clientèle de ces établissements était fidèle et généralement locale. Le... ..."L autre Dumas", de Safy Nebbou, avec Depardieu : un film français nul et ouvertement négrophobe. lundi 8 février 2010 Par Claude Ribbe www.claude-ribbe.com Personne n?a pu échapper à la promotion extrêmement agressive entreprise pour le film L?Autre Dumas dont le propos est de ternir la réputation du romancier Alexandre Dumas, afro-descendant, fils d?esclave haïtien, de le ridiculiser en le faisant représenter par Gégé Depardieu le « Gaulois », et de provoquer tous les descendants d?esclaves ou d?indigènes de France par une offensive raciste tous azimuts destinée à assurer, par la polémique, la promotion d... ...Toussaint Louverture, né esclave, devenu gouverneur de Saint Domingue dimanche 7 février 2010 Toussaint Louverture (né François-Dominique Toussaint le 20 mai 1746 dans une habitation près de Cap-Français ; mort le 7 avril 1803 au Fort de Joux, à La Cluse-et-Mijoux en France) est le plus grand dirigeant de la Révolution haïtienne, devenu par la suite gouverneur de Saint-Domingue (le nom d'Haïti à l'époque). Il est reconnu pour avoir été le premier leader Noir à avoir vaincu les forces d'un empire colonial européen dans son propre pays. Né esclave, s'étant démarqu... ...Toussaint l Ouverture, né esclave, devenu gouverneur de Saint Domingue dimanche 7 février 2010 Toussaint Louverture (né François-Dominique Toussaint le 20 mai 1746 dans une habitation près de Cap-Français ; mort le 7 avril 1803 au Fort de Joux, à La Cluse-et-Mijoux en France) est le plus grand dirigeant de la Révolution haïtienne, devenu par la suite gouverneur de Saint-Domingue (le nom d'Haïti à l'époque). Il est reconnu pour avoir été le premier leader Noir à avoir vaincu les forces d'un empire colonial européen dans son propre pays. Né esclave, s'étant démarqu... ...LES DOM-TOM VUS PAR LE SUNDAY TIMES jeudi 4 février 2010 http://www.courrierinternational.com/article/2010/01/07/tres-chers-confettis-d-empire Tr?chers confettis d’empire Le 10 janvier, Martiniquais et Guyanais se prononceront par r?rendum sur le statut de leur territoire. Mais il ne saurait ?e question d’ind?ndance, compte tenu des liens avec la m?opole. 07.01.2010 | Rosie Millard | The Sunday Times Les apparences comptent pour beaucoup en France, surtout lorsqu’il y va du prestige national. Les Fran?s ont beau ?e partie prenante de la communaut?conomique europ?ne, ils n’en restent pas moins convaincus de leur importance plan?ire. Et ils sont pr? ??nser des millions d’euros pour la consolider. C’est particuli?ment frappant dans le cas des possessions d’outre-mer*, que Napol? qualifiait avec m?is de “confettis d’empire”. La France reste d?rmin??onserver ces vestiges imp?aux de fa? quasi napol?ienne, se d?rquant de la politique postcoloniale des autres pays occidentaux. Si vous vivez outre-mer*, vous ?s fran?s jusqu’?a moelle, quelle que soit votre couleur de peau, votre langue maternelle, votre religion ou votre pass?Vous d?nez un passeport fran?s et, th?iquement, l’Etat fran?s vous prot?. Me voici dans un petit cano? moteur, en Guyane fran?se. Ici, la for?pluviale s’?nd sur des centaines de kilom?es. Au bout d’une heure environ, nous parvenons au village de Kaw, 60 habitants. Il y a l?ne ?le, une ?ise et une mairie flanqu?de la classique bo? aux lettres fran?se de couleur jaune. Affich?sur la porte de la mairie, des avis officiels ?n-t? tricolore arborent la devise “Libert??lit?fraternit? Nous sommes ?0 000 kilom?es de Paris, et pourtant l’obsession bien fran?se de la paperasserie ne faiblit pas. Voil?ui est rassurant… Ainsi va la vie dans l’un des d?rtements et territoires d’outre-mer* : les DOM-TOM sont loin de la m?opole, ils sont extr?ment co?x et ne produisent pratiquement rien d’utile. Leur seul r?est de faire briller encore la gloire de la R?blique fran?se. Combien co?cette fantaisie ? Pour vous donner une id? l’? antillaise de la Martinique co??’Elys?quelque 2 milliards d’euros par an et la Nouvelle-Cal?nie, dans le Pacifique Sud, 1 milliard d’euros. Et il ne s’agit l?ue du d?cit commercial. La France paie ?lement la note pour tous les emplois du secteur public, pour les “grands projets”* et pour les allocations-ch?e. Le ch?e dans les DOM-TOM atteint environ 30 %. Il n’y a tout simplement pas de travail. Mais pourquoi travailler quand on est enti?ment assist? Les DOM-TOM sont tr?diff?nts du Commonwealth postimp?al, compos?e 54 Etats souverains. A l’inverse de la reine, au r?purement protocolaire, Sarkozy est bel et bien le patron des DOM-TOM, qu’il finance et contr? Quand le Commonwealth se rebiffe, on organise une conf?nce ; quand les DOM-TOM se rebiffent, l’Elys?envoie les gendarmes. “L’id?de d?rt ?it de transformer des non-Europ?s en Fran?s et de faire en sorte que les colonies ressemblent le plus possible ?a France”, explique le Pr Robert Aldrich, de l’universit?e Sydney, coauteur de France’s Overseas Frontier [Les avant-postes fran?s d’outre-mer, Cambridge University Press, in?t en fran?s]. “Une politique manifestement impraticable, na?ment utopique, sexiste et raciste.” Mais le spectre de l’assimilation ne s’est toujours pas dissip?t Paris persiste ?ffirmer que l’outre-mer fait partie de la France. De vieux bijoux de famille dont on ne se d?rrasse pas Les Fran?s adorent avoir leur monde francophone, m? si certains des habitants des DOM-TOM sont moins enthousiastes. On m’a dit au moins une dizaine de fois que les DOM-TOM donnaient ?a France l’honneur d’?e la “deuxi? puissance maritime du monde”. Oui, mais pour quoi ? La v?t?c’est que si la France a fini par mettre la main sur tous ces endroits bizarres, c’est par un vif d?r de rester dans la course au d??e colonial de la plan?. Et, par la suite, elle a d?venter des usages pour ces provinces. Prisons, stations spatiales, lunes de miel, contrebande de vins, essais nucl?res : les DOM-TOM ont accueilli tout cela, avec plus ou moins de succ? Quant ?avoir pourquoi la France n’a jamais l??es co?x partenaires coloniaux, comme les Britanniques l’ont fait, c’est un peu plus compliqu?Ce ne sont que des braises, mais l’esprit de Bonaparte subsiste dans les DOM-TOM. Les Fran?s appellent cela leur “mission civilisatrice” et sont pr? ? mettre le prix. A Cayenne, on voit se dresser l’immense statue d’un h?s national fran?s v? comme Voltaire [Victor Schœlcher, ?’origine du d?et abolissant d?nitivement l’esclavage, en 1848], montrant du doigt un avenir radieux ?n esclave africain ?emi nu. Tout se r?me ?eu pr??ela. Les Fran?s maintiennent ?lot les DOM-TOM comme on s’accroche ?ne id? si peu fond?soit-elle. Ce n’est pas une question de besoin, ?n croire le Pr Aldrich. “D’une certaine fa?, c’est comme avoir de vieux bijoux de famille dont on n’arrive pas ?e d?rrasser”, explique-t-il. M? les plus ardents partisans de l’ind?ndance ne veulent pas quitter le vaisseau amiral et devenir les citoyens de ces pays qui envoient deux personnes d?ler derri? leur drapeau lors des c?monies aux Jeux olympiques. Si un DOM ou un TOM se r?le un peu trop tent?tout le monde lui dit : “Souviens-toi de Ha?”, ?quant cette ancienne colonie fran?se qui, libre, est devenue l’un des pays les plus pauvres de la plan?. Prenez l’exemple de la Martinique, sa voisine antillaise. L’une des ?nes irritatives de la France s’appelle Garcin Malsa. Maire de la commune de Sainte-Anne, il est en premi? ligne pour r?amer l’indemnisation des Noirs martiniquais, en raison de l’esclavage subi par leurs anc?es. Il n’a que m?is pour les b?s, ces descendants de l’?te esclavagiste fran?se, qui repr?ntent 1 % de la population, mais d?ennent l’essentiel des terres et de l’appareil de production. Aspire-t-il pour autant ?ne ind?ndance totale ? Non, “pas une rupture totale”, reconna?il. Pour lui, la solution s’appelle interd?ndance. Force est de reconna?e que la France, elle, n’a pas abandonn?es vieilles colonies*, qui lui ont tant fourni de produits de luxe au fil des si?es (sucre, fourrures, rhum, perles) et d’o?nt de jeunes hommes sont partis mourir au front. Des hommes comme Garcin Malsa peuvent bien vanter les m?tes du syst? postcolonial britannique dans les Antilles, il n’y a pas de pauvres qui vendent des sarongs aux riches europ?s sur les plages de Martinique, comme c’est le cas ?a Barbade. La vie dans les DOM-TOM est manifestement confortable. Dans tous les endroits que j’ai visit? j’ai rencontr?es professeurs satisfaits de leurs 30 % d’indemnit?e r?dence. Chaque jour, les vols d’Air France au d?rt et ?estination de Paris sont remplis d’hommes et de femmes d’affaires b?ficiant d’avantages salariaux analogues. De m?, les habitants des DOM-TOM qui veulent ?dier en France obtiennent sans peine une place ?’universit?ainsi que des billets d’avion gratuits pour rentrer chez eux tous les ?s. La forte coh?on politique qui lie la France ?es anciennes colonies tient peut-?e aussi de l’obligation morale. Le honteux h?tage du bagne de Cayenne hante encore la Guyane fran?se d’une omnipr?nte tristesse. “La France envoyait ici ses condamn?comme nous envoyions les n?s en Australie, explique James Pritchard, professeur d’anglais local. Aujourd’hui, bien s?la France est un parent g?reux. Il y a une sorte de contrat moral entre la France et tous ses d?rtements d’outre-mer.” La R?ion est la derni? ?pe de notre voyage. C’est certainement le plus beau de tous les DOM-TOM. Apr?treize semaines dans cet univers parall? fran?s, on s’habitue ?ne forme d’illogisme forcen?Si bien que je ne suis gu? ?nn?de voir un panneau disant que Hell-Bourg, dans l’oc? Indien, a ? class?lus beau village de France. ...Outre-mer amer en Martinique jeudi 4 février 2010 http://www.telerama.fr 24 JANVIER 2010 LE FIL ID? - La Martinique a dit non ?lus d'autonomie. Domin?par les “b?s”, ces riches Blancs, les habitants restent esclaves dans leur t?, disent les ind?ndantistes. Mais sur cette ? qui retrouve peu ?eu son identit?r?e, rien n'est simple… le 10 janvier, Garcin Malsa d?uvre les r?ltats de la consultation : 78,9 % de non. - Photo : Jacky Saintenoy pour T?rama Dimanche 10 janvier, 20 heures. Sainte-Anne, c?carte postale de la Martinique. Sur la fa?e de la mairie, un drapeau noir-rouge-vert ind?ndantiste claque au vent. Dans l'escalier, une statue d'esclave brandit d'une main un coutelas ?ouper la canne ?ucre, de l'autre des fers bris? Dans la salle du conseil aux peintures d?ties, une Marianne noire au d?llet??reux, des maquettes de bateaux, une st? « aux morts pour la patrie » de 14-18, un grand drapeau fran?s et un non moins grand drapeau cubain. Sur la porte du bureau du maire, on peut lire « tout moun s?oun » (ce qui signifie : nous sommes tous des humains) et « nasyon Matinik ». Sous le n?, une poign?d'hommes, mine sombre. « Je suis triste, j'ai l'impression d'?e face ?n mur, soupire l'un d'eux, tout jeune. C'est psychanalytique : dans sa t?, notre soci? est encore en esclavage ! » Un autre, Castro m?n?e Che, barbe et regard noirs, treillis et casquette, marmonne : « On ne peut pas faire confiance ?a d?cratie, faudrait la r?lution. » Au bout de la table, la soixantaine svelte, Garcin Malsa, maire de cette commune bien connue des touristes, pr?re son intervention dans les m?as… Le cofondateur, avec les ?ivains Patrick Chamoiseau et Rapha?Confiant, du Modemas (Mouvement des d?crates et des ?logistes pour une Martinique souveraine) et vice-pr?dent du conseil g?ral vient d'apprendre le r?ltat de la consultation dite de l'article 74, dans laquelle l'Etat demandait aux Martiniquais s'ils souhaitaient plus d'autonomie. La force de la r?nse (78,9 % de non) ?urpris tout le monde. Et constern?arcin Malsa. Plus de pouvoir sur l'?cation, l'?nomie, la nomination des cadres et des fonctionnaires, les ?anges avec la Cara?… il en r?it. Depuis trois mois, en tee-shirt jaune poussin sigl?em>« An lot balan pour matinik vans? (Un ?n pour la Martinique), il sillonnait la ville en voiture avec son ?ipe et ses haut-parleurs beuglant « Nou pa p? (On n'a pas peur). « C'est la premi? fois depuis 1946 [date de la d?rtementalisation de la Martinique, NDLR] qu'on nous propose de prendre des responsabilit?! Votez oui pour ce petit pas, un ?nement historique qui va d?rrouiller les consciences, d?loniser les esprits », martelait-il inlassablement en cr?e aux (tr?rares) ?cteurs venus l'?uter. Un an apr?les gr?s de f?ier 2009, cette consultation sonnait comme une promesse de grand soir. C'est rat?/p> “Vous avez raison : restez fran?s jusqu'?a fin des temps et continuez ?railler r?li?ment pour que le Papa Blanc vous accorde 200 € d'augmentation de salaire” Rapha?Confiant Au m? moment, sur la place de la mairie, Eric Coppet et ses amis du Parti progressiste martiniquais (ex-parti d'Aim??ire) sont assis sur un capot de voiture. Eux aussi ont sillonn?es chemins d?nc? mais pour d?ncer dans leurs haut-parleurs les « apprentis sorciers » partisans de l'article 74, sur fond de « Moi je dis nooooooon », hurl?ar un clone de Nicoletta. Ils ont gagn?ais n'ont pas l'air si contents. Pas de f? pr?e ce soir. Dr?de victoire. Les analystes ?a t? ?quent « la lucidit?'un peuple », « la d?ance des ?cteurs vis-?is de leurs ?s », « la volont?e rester fran?s » ou encore « la peur ». « La peur d'un peuple qui n'a pas os?une fois de plus, prendre ses responsabilit? a bloqu?u dernier moment avant de faire le pas… La peur d'un peuple qui a ? esclave et qui le reste dans sa t?. C'est un vote suicidaire », commente Garcin Malsa. L'?ivain Rapha?Confiant, lui, ?cte sur son blog Montray Kreyol : « Les m?s qui ont d?l?t braill?n f?ier pour faire plier l'Etat “colonialiste” votent aujourd'hui comme un seul homme pour rester ?amais enlac?dans les bras de ce m? Etat colonialiste. […] A ces gens, je dis : allez vous faire foutre ! A ce peuple, je dis qu'il n'est qu'une sous-merde… » Suit une bord?d'insultes. « Vous avez raison : restez fran?s jusqu'?a fin des temps et continuez ?railler et ?anifester r?li?ment pour que le Papa Blanc vous accorde 200 euros d'augmentation de salaire et n'augmente pas le prix de l'essence. » Garcin Malsa n'avait pas mesur?e foss?ntre les ?tes ind?ndantistes et les 400 000 Martiniquais quand il envoyait ses employ?et ses administr?en car ?ort-de-France pour qu'ils manifestent ou lorsqu'il baptisait pompeusement, ?'entr?de la ville, son rond-point du 5-F?ier-2009 (le premier des trente-huit jours de gr?). Peu importe la d?ndance si le confort suit : l'appartenance ?a France et ?'Europe, c'est une vie ch?, des contraintes de l?slation et de normes pas forc?nt adapt? ?a r?on. Mais c'est aussi un niveau de vie beaucoup plus ?v?ue celui des ?s ind?ndantes voisines, Dominique et Sainte-Lucie, sans parler ?demment d'Ha?, frapp?par le grand tremblement de terre deux jours apr?ce r?rendum martiniquais. Ici, un tiers de la population touche les Assedic, un autre est fonctionnaire. Le syst? social (allocations familiales, RMI) fonctionne ?lein. A Sainte-Anne, la mairie, plus de 200 employ?pour 5 100 habitants, est le plus gros employeur du coin. Le deuxi? est le Club Med, install?ur la jolie plage municipale. « Chez moi, les employ?ont leurs 35 heures, leurs RTT, un parking pour garer leur voiture, etc. Pas facile d'?e rentable face ?ainte-Lucie, o?s employ?gagnent 300 €, viennent travailler ?ied et dorment dans des hamacs », commente le patron, Yann Monplaisir, grand gaillard aux yeux clairs qui, comme tout le monde, affiche un portrait d'Aim??ire dans son bureau. « On aurait donn?eur ind?ndance aux Martiniquais il y a soixante ans, c'?it peut-?e possible. Mais maintenant, ils ne supporteraient pas la perte de confort que cela entra?rait ! » Cr?dans les ann? 70 pour pallier la fermeture de la centrale sucri? du Marin, le Club Med a r?p? les ouvriers de celle-ci, connu plusieurs gr?s s?res, dont une prise en otages de ses touristes en 1999, ferm?es portes dix-huit mois… puis a rouvert en 2006, une fois encore sur pression de l'Etat. D'autres h?s de la commune ont ferm?u, ph?m? classique ici, ont ? revendus par appartements par ceux qui les avaient construits dix ans plus t?our b?ficier de la loi de d?scalisation. La famille de Gentile, le plus gros propri?ire foncier de la r?on, aurait bien aim?elle, investir ?ainte-Anne. Apr?la fermeture de la centrale sucri? du Marin, son groupe s'est diversifi? magasins de bricolage, peinture… tourisme. Mais elle est b?, descendante d'esclavagistes blancs. Or Garcin Malsa, fils d'ouvrier de l'usine du Marin, descendant d'esclaves, d?ste les b?s. Ce prof de biologie, ?logiste de la premi? heure et auteur de livres pr?rseurs sur le d?loppement durable et solidaire (1), intarissable sur la mangrove, d?ste aussi les b?nneurs. Alors, contrairement ?e que font beaucoup de maires (parfois moyennant des pots-de-vin), il a « tout bloqu?, comme il le dit tranquillement : McDo, grandes surfaces, culture de la banane (qui pollue les terres), permis de construire, projets touristiques… S'appuyant sur le Conservatoire du littoral, il tente depuis des ann? d'exproprier la famille de Gentile des terrains qu'elle poss? en bordure du magnifique site des Salines – sable blond, cocotiers et mer ?raude. Le but : cr? un parking pour emp?er les norias de voitures de se garer au bord de la plage. Garcin Malsa, c'est vingt et un ans de mandat et autant de proc?ures juridiques. Du coup, ?ainte-Anne, le touriste trouve des plages pr?rv?, un ?ng ?lo, une belle campagne, un bourg charmant et d?et… mais aussi des commerces qui souffrent, une ville pauvre et mal entretenue, qui a m? un temps ? mise sous tutelle. Pas simple. A chaque ?ction municipale, o?acun reproche ?'autre ses tentatives d'intimidation, corruption et autres tricheries, la famille de Gentile soutient financi?ment le m? candidat d'opposition, qui se trouve ?e, le hasard fait bien les choses, ex-directeur de l'office de tourisme de la Martinique. « Un b?, ?nt donn?on “histoire”, ne peut intervenir directement dans le jeu politique, regrette Jean-Michel de Gentile. La population ne l'accepterait pas. Mais cette dissociation entre les pouvoirs ?nomique et politique est s?ent un des drames de la Martinique. » En attendant son heure, il installe son golf 18 trous sur la municipalit?oisine : « Nous les b?s [environ 3 000 personnes] fonctionnons en dynastie, construisons pour plusieurs g?rations. Nous savons attendre, sourit cyniquement son fr? Bernard (vice-pr?dent de la chambre de commerce et d'industrie). Un jour, Malsa ne sera plus l?Nous, si. » Tranquille assurance de celui qui n'a jamais eu peur. “Dans les familles m?ss?, les enfants sont de couleurs diff?ntes, il n'y a pas d'harmonie. Moi, je ne trouve pas ?bien. Nous [les b?s] on a voulu pr?rver la race.” La Martinique, contrairement ?a Guadeloupe, n'a pas tranch?es t?s de ses b?s ?a R?lution fran?se. Elle s'est r?gi?sous protection britannique. R?ltat : la structure de sa soci? est rest?plus fig?qu'en Guadeloupe : en haut, les b?s les plus riches ont gard?'immensit?e leurs terres et diversifi?eurs activit??'?elle internationale. En dessous, les mul?es, descendants d'esclaves affranchis, souvent fruits de relations des ma?es avec leurs esclaves, exercent les professions interm?aires, avocat, m?cins, etc. Plus « bas », les ex-esclaves ob?sent eux-m?s ?ne hi?rchie tr?subtile : ici, une femme qui accouche d'un enfant plus clair « sauve la peau ». Ici, il existe une dizaine de mots pour d?ire le cama? social de la « pigmentocratie », comme l'appelle l'?ivain Rapha?Confiant, lequel, par exemple, comme beaucoup de ses coll?es universitaires, est un « chabin », noir ?a peau tr?claire. Il y a aussi les Indiens, les Chinois… Et enfin les « m?os », Blancs de m?opole qui exercent notamment les hautes fonctions dans les administrations et les entreprises. Dans cette soci? complexe o?ut le monde conna?tout le monde, o?acun a des anc?es qui ont ? bourreau ou victime de l'autre, la parole est prudente, les mots sont pi?s. On ne dit pas impun?nt, selon qui on est et ?ui on parle, « en France » ou « en m?opole », « cr?e » ou « n?e »… Mais cette parole, codifi?et autocensur?au quotidien, explose sporadiquement en insultes racistes au moindre conflit de voisinage, accrochage routier ou gr?. Dans un documentaire de Canal+, Les Derniers Ma?es de la Martinique, qui a fait scandale dans l'? il y a un an, le b? Alain Huyghes-Despointes se l?ait : « Dans les familles m?ss?, les enfants sont de couleurs diff?ntes, il n'y a pas d'harmonie. Moi, je ne trouve pas ?bien. Nous [les b?s] on a voulu pr?rver la race. » Inversement, il y a quelques semaines, un ? noir du conseil r?onal fustigeait des professeurs (m?os), « ces Blancs m? pas coiff?et qui sentent ». Ici, on est toujours le raciste de quelqu'un. Alors, bien s?/strong> les choses ?luent. Les jeunes g?rations s'affranchissent tranquillement de la pigmentocratie, de nouveaux acteurs ?nomiques montent en puissance… Au Couvent et au S?naire (?les b?s), les ?ves c?ent de plus en plus de peaux color?. Mais ne les invitent quand m? pas, nous dit-on, ?eurs anniversaires… Il y a quelques semaines, les m?as locaux ont titr?ur le mariage d'une fille b? avec un « Noir ». Le papa, Roger de Jaham, pr?dent de l'association Tous cr?es, qui milite pour un rapprochement des Martiniquais, ?que la larme ?'oeil « ce grand jour pour les cr?es ». Bernard de Gentile, invit? ce « beau mariage », nous pr?se tout de m? que « le mari?tait tr?clair » et ne r?ste pas ?a boutade : « Ma femme de m?ge m'a dit : “Mais c'est un Noir ! Vous n'allez pas assister ?e mariage !” » Longtemps, la m?ire a ? confisqu?: ?'?le, dans les familles, « l'esclavage ?it tabou », t?ignent les adultes d'aujourd'hui. L'identit? ? bafou?: le journaliste Gilles Degras, fondateur du site d'informations Bondamanjak, se souvient avoir entendu il y a dix ans ?a maternelle de son fils « la ma?esse engueuler un enfant parce qu'il avait colori?es parents en marron. Je crois bien que moi aussi au m? ? je coloriais mes parents en rose ». Et la culture locale d?ign? Depuis quelques ann?, la Martinique est autoris??evenir ?lle-m?. Le mouvement de f?ier 2009 n'a rien chang?ux tensions ?nomiques, mais il a contribu? cette lib?tion : comm?rations, interventions dans les ?les… « On est pass?du mutisme ?a cacophonie », sourit Tony Delsham, ?ivain (2), journaliste et ?teur de la revue Antilla. Aujourd'hui, on n'enseigne toujours pas les ?utes de d?mbre 1959 (trois journ? sanglantes ?ort-de-France apr?un banal accident de circulation), mais, dans l'adorable ?le maternelle de Sainte-Anne, les enfants apprennent depuis cette ann?le cr?e : « Il y a eu un blocage au d?t : pour 95 % d'entre eux, parler cr?e ?'?le c'?it mal, c'?it la langue des insultes, indique leur jeune institutrice. Certains ne savaient d'ailleurs pas le parler. » Garcin Malsa, lui, la cultive depuis toujours, cette m?ire. Jusqu'?'overdose : son conseil municipal est en cr?e, ses associations sont r?ies au sein d'une f?ration, Cap 110 (le cap pour l'Afrique), il organise tous les ans une marche r?amant r?ration aux b?s, milite pour une redistribution des terres ?a population, et a m? voulu rebaptiser un quartier de la ville du nom de Gor? le port africain d'o?rtaient les esclaves… Mais l??a coinc? les habitants, un tantinet lass?de tout ce pass?ont refus?/p> Ce soir, dans son bureau, un jeune Guadeloup? proche du LKP (Liyannaj Kont Pwofitasyon) envoy?n observateur jure que tout va exploser socialement, puisque rien n'a ? r??olitiquement. « Il va falloir agir, confirme le maire, mais autrement. » En participant civiquement ?'autre consultation populaire, pr?e le 24 janvier, sur une fusion du conseil g?ral et du conseil r?onal ? Ou en manifestant dans la rue avec les Guadeloup?s qui vont comm?rer leur gr? g?rale de f?ier 2009 ? Entre-temps, avec le tremblement de terre ?a?, le d?t s'est fig?Mais bient?e maire de Sainte-Anne et les habitants de la Martinique retourneront ?eurs contradictions : ?e fran?s et carib?, m?s et raciste, ex-bourreau et ex-victime ; d?ndre d'une m?opole qu'on rejette mais dont on ne veut pas se s?rer ; manifester contre la « pwofitasyon » mais profiter ?ond du syst?, ?re des politiques ind?ndantistes mais refuser de leur donner du pouvoir ; affronter les blocages d'une histoire qu'on n'en finit pas de ne pas d?sser ; appeler les cacahu?s des « pistaches ». Emmanuelle Anizon T?rama n° 3132 ...Pour le Déchoukaj de l Haïtianophobie vendredi 22 janvier 2010 [Article du mensuel guadeloupéen Le Mika Déchaîné (nov)] « Ou ka sanm on Ayisyen ! Ou sé on ayisyen ! Ou abiyé kon ayisyen ! Misié nwè kon ayisyen !». Des formules séculaires que chacun de nous aura entendues ou prononcées dans son enfance, adolescence ou même à l?âge adulte. Des injonctions ou des sentences qui tombent sans appel pour critiquer ou rabaisser l?autre. Comme si l?Haïtien était par définition un être méprisable. Un animal social désocialisé. L?Haïtianophobie qui a cours en Guadeloupe, exacerbée pendant les années 1990 par le plus grand détracteur connu dans nos départements, Ibo Simon, lui-même noir kon lannuit? fèt, est un phénomène dommageable. Oui, j?emploie le parler même de cet homme pour montrer l?hypocrisie de la chose. Je ne veux pourtant pas m?avilir et me rabaisser à lui retourner ses injures et ses parjures raciaux et racistes. Seulement, c?est lorsque nous nous voyons infliger le même sort ? traités comme de la « négraille » ? que nos entrailles nouées, nous nous élevons en détracteurs de la peur du noir. Pourquoi nous-mêmes, descendants d?esclaves, en avons-nous peur ? Posons-nous cette question de manière pertinente. Il n?est plus temps de pratiquer la langue de bois ! Il faut dénoncer les injustices ? et je dénonce celles qui selon moi sont les plus criantes ! Je dénonce la discrimination dont souffrent les Antillais de France, les ultramarins eu égard à leur statut dans la République française qui est la « nôtre », comme je méprise celles infligées à nos cousins haïtiens. Mandé zòt ka ki « haïtianophobie » ? Connaissez-vous la racine de ce mal qu?il nous faut extirper de notre mentalité ? Pourquoi une telle pression sociale sur une population qui a été invitée à se rendre en grand nombre sur nos rivages et dans nos départements ? Pourquoi les incriminer quand ils ont été mandés, voire mandatés, par nos entrepreneurs pour satisfaire à des besoins en BTP aux meilleurs prix, pour occuper des emplois que nous boudons ou pour lesquels d?aucuns refuseraient de nous payer au salaire imposé par l?Etat? En effet, les Haïtiens arrivent par vagues successives depuis les années 1970 dans les DOM, fuyant la dictature duvaliériste (jean-claudisme, régime du fils), mais ce n?est qu?après l?année 1991 (le plus fort pic d?émigration haïtienne au moment du coup d?Etat contre Jean-Bertrand Aristide) que le phénomène s?intensifie réellement dans notre petite Guadeloupe. Donc récapitulons : deux types de facteur entrent donc en compte dans la densification de l?immigration haïtienne : le renversement du Président Aristide et les besoins en main d??uvre corvéable et exploitable pour la construction d?hôtels (à Saint-Martin surtout) et l?exploitation agricole. Songez aux Africains et aux Maghrébins amenés en France pour reconstruire à l?après-guerre, cantonnés dans des « ghettos » ignobles et dont la France s?est délestés une fois jugés inopérants ou inutiles. Songez à leurs descendants déportés aujourd?hui. Exploiter et s?en défaire. Beaucoup parlent d?invasion haïtienne en Guadeloupe, mais il n?y a invasion que rançonnée. Quelle période de l?histoire a vu une invasion qu?un peuple aurait souhaitée ? Non, cette haïtianophobie n?a pas lieu d?être. Pour reprendre une célèbre expression haïtienne, je dirais « Déchouquons cette ignominie !! ». C?est-à-dire « arrachons le mal par la racine ! ». L?haïtianophobie est la conjugaison de deux choses : 1) notre hantise de notre négritude et de notre africanité si longtemps inculquée à nos aïeux : le noir est laid, sale, est prisonnier de ses pratiques sorcellaires « zombifiantes » et porteur de maladies invalidantes et discréditantes (SIDA) et 2) la « phobie de la négritude insurgée » pour que ceux dont nous procédons ignorent le miracle révolutionnaire haïtien. Il fallait nous bâillonner, juguler nos forces et notre intelligence de la révolte. Ces idées sont transmises à travers les générations pour annihiler toute velléité de les imiter (ayisyen la endépandan ka i ka vinn chèché an péyi annou ! yo ni endépandans? poukwa yo pa ka rété an péyi a yo ?). L?haïtianophobie est une maladie de « classe » : c?est la perversion de rapports sociaux rendus défectueux par les employeurs. Ce phénomène de haine racialisée n?a plus de sens aujourd?hui puisque nous cherchons à nous libérer des idéologies imposées par le colon! Alors déchouquez ce mal dans vos esprits ! 1804, les lumières du peuple noir qui scintillent pour la première fois. Sachez-le et respectez les peuples frères de la Caraïbe parce que c?est onè é respé ki ké fè nou vansé ! Sus à l?haïtianophobie ! Dechouke?l ! Stéphanie Meylon-Reinette Partager sur Facebook...Fort DELGRES : revendication du droit des esclaves à l insurrection lundi 11 janvier 2010 Le 10 mai 1802, le métis Louis Delgrès (36 ans) adresse à l'univers entier «le dernier cri de l'innocence et du désespoir». Par cette proclamation affichée sur les murs de Basse-Terre, en Guadeloupe, il revendique le droit des esclaves à l'insurrection et lance un appel à la fraternité universelle, par-dessus les barrières de races ...La télé & le pain quotidien vendredi 8 janvier 2010 [Article paru dans le Mika Déchaîné de Déc-Janv] Les écrans de télé sont des écrans de fumée… La télé transforme la réalité à son avantage…elle pétrit les faits, les malaxe, les triture…et les sert à voir, tous chauds, sortis tout droit du four de la propagande médiatique… De l’info fraîche, des reportages croustillants, des interviews savoureuses… C’est que certains médias sont d’excellents serveurs qui travaillent sous la tutelle du chef cuisinier qui est l’Etat. Ce dernier a essayé une nouvelle recette. Il l’a intitulé « Le grand débat sur l’identité nationale ». Consciencieux, il a élaboré la liste de tous les ingrédients nécessaires : l’Arabe, la banlieue, le musulman, la burka, la délinquance, le voile, les minarets en Suisse,… Voilà une excellente mixture pour réaliser une bonne ratatouille à la bonne franquette… Il s’est affairé donc, avec amour et patriotisme… Voilà, c’est fait…Attention…c’est chaud…à savourer les yeux fermés ! Et en effet, si j’arrive à ingurgiter ce potage insipide (préparé dans la vielle marmite des vieux clichés) si facilement, c’est que je suis esclave de l’image et de la myriade d’émotions qu’elle suscite, prisonnier du spectacle visuel et des pulsions qu’il provoque : l’instinct grégaire et le repli sur soi : c’est que la peur a bon goût, les préjugés (juger avant de connaître), ont une bonne odeur et l’Autre dans tout ça…a bon dos : stigmatisé, conda
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Mercredi 10 Mars Saint Vivien Météo Guadeloupe
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