Le Fwiyapin n'est pas un site ouèb pratiquant la provocation. Pourtant, il nous arrive parfois des gestes subversifs. Exemple de ces incongruités, nous proposons parfois à nos visiteurs d'ouvrir des livres ! Nous présentons donc nos excuses à toute cette génération i pèd qui ne jure plus que par i-pod et i-pad à en oublier le toucher et le bruit du papier quand les feuillent se tournent. Les livres sont faits pour durer. Notre but est de vous inviter à faire aussi des librairies un lieu d?alimentation. Les livres sont, selon nous, des produits de première nécessité? qui n?ont pas de prix ni de date de péremption. Le Mot Phrasé Les fruits du cyclone Qui parle mieux du poète et écrivain Aimé Césaire que son confrère Daniel Maximin ? Dans Les fruits du cyclone, il est évidemment question du chantre de la négritude. Mais pas seulement. Le romancier guadeloupéen explore différents pans de la culture des « îles-roseaux » de l'archipel caribéen. Ce livre n'étant pas un essai sur l'actualité politique, il a beau dater de quelques années, son intérêt en demeure intact. Cette « géopoétique » de la Caraïbe n'est pas une fiction sortie du cerveau de Maximin, plutôt la manière dont il voit et conçoit cet espace géographique récipiendaire de l'histoire abominable d'hommes qu'on a déraciné afin de nourrir la cupidité et la puissance de l'Europe. Les fruits du cyclone, la végétation luxuriante sur les flancs volcaniques, l'humain renaissant en s'extrayant du gouffre sismique de la déportation et du génocide; voici le récit de l'injure, ramassée pour devenir diamant. Dans un premier temps, l'auteur dépeint l'art de vivre et les façons d'appréhender le quotidien dans cette toute petite partie du globe où se sont agrégées des cultures pour en former une nouvelle. De la Jamaïque à Sainte-Lucie, De Cuba à Trinidad, d'Haiti à la Martinique en passant pas la Nouvelle-Orléans, la plume du foufou nous fait survoler ces contrés si proches géographiquement et culturellement mais si éloignées dans les relations socio-politiques réelles à travers leurs contes populaires, leurs écrivains et leurs peintres. A la première personne parfois, des souvenirs d'une Guadeloupe d'antan mais tout de même pas si lointaine émergent. Entre analyse littéraire et essai socio-historique Maximin nous emmène, il faut l'avouer, dans une Caraïbe quelque peu absconse pour ceux qui ne maitrisent pas toutes les références citées dans le bouquin. On peut se retrouver parfois noyé au milieu des flots de cet ?cuménique océan culturel: Saint-John Perse, Gilbert Gratian, Jacques Roumain, Franketienne, Zobel, Derek Walcott, Edouard Glissant, Wilfredo Lam, René Depestre, Guy Tirolien, Fanon, Léon-Gontrand Damas, Nicolas Guillèn, Albert Béville, Shwartz-Bart, René Ménil. Sans même parler des lot bò, les Hugo, Deleuze, Breton, Camus et tout le toutim. Le guide culturel Daniel Maximin n'en oublie pas le créole en rendant un (trop court) hommage à ses brillants défenseurs dont Sonny Rupaire et Joby Bernabé , effleure l'architecture (la case créole, Ali Tur) et donne toute leur place à la musique, la danse, la chanson et la cuisine, si prégnantes dans la vie des Caribéens. Ce livre donne envie d'aller plus loin pour mieux assimiler les concepts et les idées exposées ou soutenues par Maximin. Mais, comment peut-on suivre le fil conducteur du bouquin sans être un expert en littérature francophone antillaise et haïtienne (même française parfois!) ? Le livre ne contient pas de mots rares et compliqués, néanmoins il est difficile d'y cheminer quand on ne connaît pas les ?uvres commentées. C'est précisément là, dans cette exhaustivité et cette finition que l'agouba blesse légèrement. Ce livre reste malgré tout un bon ajoupa intellectuel contre l'abrutissement permanent qui nous fait oublier que la place de la Guadeloupe et la Martinique, banlieues de l'Union européenne explicitement reconnues comme telles puisque régions ultrapériphériques, est dans la Caraïbe et pas sous des latitudes dites tempérées… Les fruits du cyclone , Éditions le Seuil, 22? Partager sur Facebook Suite et source de l'article sur www.fwiyapin.fr | |