 L'idée de départ est bonne et le résultat est convaincant. Revenir sur les prémisses et la chronologie des secousses et soubresauts qu'a connus la Guadeloupe en 2009. C'est à cette tâche que se sont attelé Frédéric Gircour et Nicolas Rey. Le premier vit en Guadeloupe depuis six ans et a suivi de très près le mouvement social, ses avancées, ses victoires et ses maladresses, tant il était « embedded » dans le Liyannaj. La deuxième plume, guadeloupéenne mais vivant à l'étranger, sociologue, professeur à l'université, auteur de Lakou é Ghetto apporte une caution d'expertise sociale et historique. Sur 70 pages, dans un style alerte et de manière globalement exhaustive, le déroulement chronologique d'une des plus grandes grèves de la Guadeloupe est décrit. Ceux qui l'ont vécue en ont peut-être des souvenirs frais, mais il est important de garder collectivement cette mémoire du combat et au-delà de l'histoire. La grève débute le 20 janvier 2009, investiture du président américain Barack Obama . Mouvement social sous-estimé par les autorités françaises pour plusieurs raisons selon les auteurs. A cause du calendrier d'une part, les Guadeloupéens aiment trop le carnaval. Effectivement d'une certaine façon, le vidé aura bien lieu dans les rues de Lapwent et d'autres communes. Mais aussi pour cause de réforme des renseignements généraux qui fusionne DST et RG. Ainsi le secrétaire d'État à l'Outre-Mer Yves Jégo, dont certains passages de son bouquin sont repris, ne s'inquiète de rien avant d'être interpelé par Jeanny Marc à l'assemblée nationale. Rien ou presque (voir plus bas) de ce qui touche de près ou de loin à ces 44 jours n'est oublié. La logique de pourrissement insufflée par le gouvernement, le sabotage des négociations du MEDEF, les embrasements insurrectionnels sont dépeints en détails. Des dossiers spéciaux viennent compléter le récit en apportant des précisions sur la genèse du mouvement, les situations de monopoles ou d'oligopoles dans le réseau de la grande distribution, l'empoisonnement au chlordécone, la question de l'essence et la mort de Jacques Bino. Ces deux derniers sujets, fouillés et bien documentés apportent une valeur ajoutée à cet opus dont la lecture vous est vivement recommandée. LKP: ses faux pas, ses errements et ses non-dits… ah bon où ça ? Y-a-t-il véritablement une critique sur les points qui ne sont pas à l'avantage du LKP ? Non pas que nous nous attendions à une casse systématique de la stratégie adoptée et à un passage au crible de chacune des singulières individualités formant le LKP. C'est juste que les auteurs, surement par désir de ne pas se faire étiqueter comme gauchistes primaires, ont défini en introduction à leur travail l'objectif suivant: « montrer ses faux pas, ses errements et ses non-dits ». Autant vous prévenir tout de suite, vous serez déçu si c'est ce qui vous amène à vous procurer l'ouvrage. Même si les réponses sont données avec brio, fallait-il démontrer au lecteur que le LKP n'est pas raciste et ne réclame pas l'indépendance ? L'unique faute d'Élie Domota aurait donc été de ne pas révéler à ses partenaires sa rencontre avec Jégo autour d'une bouteille de rhum et de quelques acras ? Un manque de transparence envers ses collègues ? Oui c'est évident mais… et le peuple fallait lui dire au fait ? Gircour est proche d'Alex Lollia, un enseignant engagé, porte parole du syndicat CTU. Plusieurs fois, des bribes d'interview de Lolia loin d'être dénuées d'intérêt parsèment le livre. Les images du syndicaliste sur un brancard après intervention de la police ont fait le tour du pays et ont suscité de nombreux commentaires. Des personnes ont parlé de mise en scène à l'époque, parole ne leur a pas été donnée. .. Nous n'insinuons évidemment pas qu'il y ait eu simulation, mais pourquoi ne pas exposer les arguments adverses, quitte à les balayer d'un revers de la main ? De même, Gircour n'est pas avare de détails ? et c'est tant mieux, quand il relate par le discours en créole de Domota au World Trade Center. Mais cet évènement historique pour les Guadeloupéens, nous l'avons tous en tête. On s'en souvient moins et ce passage est à peine commenté, la théâtralité de l'historien Frédéric Régent s'emparant du micro pour proclamer les célèbres mots de Delgrès « vivre libre ou mourir ». Plus critique (enfin!) quelques lignes sur la forme plus que sur le fond à propos de la communication du LKP (illusion d'une victoire définitive et non pas d'un combat inachevé le 4 mars, enfermement dans un discours de dénonciation, etc) Sara: l'empire d'essence On l'oublie un peu vite, l'étincelle qui a déclenché l'embrasement a été le ras-le-bol de la population concernant le prix de l'essence. Un dossier très pédagogique et instructif est consacré à cette thématique. L'essence est partout au même prix en Guadeloupe; c'est la conséquence d'une décision de l'État. Mais le prix pratiqué est un prix plafond. Autrement dit vous paierez toujours le prix maximum autorisé… qui est le même dans toutes les stations. Un marin-pêcheur Philippe Jouve met les mains dans le cambouis pour essayer d'y voir plus clair dans l'établissement du prix. Il découvre et dénonce au niveau de sa corporation pléthore de taxes injustes, service inexistant payé deux fois, usagers mis à contribution à la place des actionnaires, etc. En 2008, le rapport Payen fait beaucoup de bruit. Jean-Marie Brissac un membre de la CGTG y a contribué, il vient épauler le LKP sur l'explosive question du carburant. Le syndicaliste permet de révéler qu'on ne sait pas vraiment d'où vient l'essence de la SARA puisque cela relève de sa seule bonne foi. Même Jégo n'aura pas de mots assez durs pour dénoncer cette « entreprise idéale pour ses actionnaires, puisqu'en situation de monopole et qui ne subit aucun risque industriel, avec un État qui lui garantit ses marges ». Lèkti kont pwofitasyon On dévore très vite, trop vite les petites 200 pages agrémentées par de belles photos en noir et blanc issues du site internet de Gircour ( Chien Créole ). Avec toutes les références d'articles de presse (internet pour l'essentiel et du blog précité d'un des deux auteurs notamment), d'émissions télé et de livres, il y avait possibilité de réaliser des dossiers plus riches encore en détails et informations. De plus, si les guadeloupéens et martiniquais habitant l'Hexagone ne sont pas oubliés, les évènements touchant le pays du C5F sont à peine évoqués. Idem pour la Guyane et la Réunion. On ne retrouvera pas non plus la puissance politique et poétique de Frantz Succab et Monchoachi ( Qui ne connait pas Monsieur Domota? ) et leurs si belles proses. L'apport beaucoup plus factuel du binôme Gircour-Rey nous apparaît néanmoins suffisamment incontournable pour le placer sur l'étagère de l'histoire contemporaine de la Guadeloupe. LKP Guadeloupe: le mouvement des 44 jours , Frederic Gircour, Nicolas Rey éditions Syllepse , 15 ? Quatrième de couverture (Re)lire sur Fwiyapin: Le président du Groland rencontre Élie DomotaDomotage de son discours ? Selon le proc: Domota et Despointes menm bèt menm pwèl L'interview (presque) imaginaire d'Alain Huygues-Despointes LKP: Lyriks Kont Pwofitasyon LKP: Lèkti Kont Pwofitasyon Et Demain ? Un présidentiel foutage de gueule Le peuple d'en bas est beau Grève: témoignage d'une guadeloupéenne Le nouveau produit d'exportation guadeloupéen LKP: ironie du sort Le LKP bouge encore… Pourquoi parlent-t-il le créole ? Lurel et Gillot: on arrête les clowneries ? LKP jambé dlo part III LKP jambé dlo part II LKP jambé dlo Partager sur Facebook Suite et source de l'article sur www.fwiyapin.fr | |