 Le Fwiyapin s'est penché sur le dernier livre de l'auteur de L'Homme au bâton . Dans ce roman, vous trouverez les seules lignes dont la vertu est de désintoxiquer le consommateur. Autrement dit une lecture pour partir sur de bons rails ! Pépin rassis ? Quand début 2009, Obama est investi à la maison blanche, Pépin se demande dans quelle merde son peuple s'enfonce . Le texte sort au même moment du réveil des Guadeloupéens initié par le LKP. Sa tribune a pu paraître conservatrice sous certains aspects. D'ailleurs après s'être fait remonter les bretelles, Ernest s'est positionné du côté de l'espoir et a rangé ses remontrances. On peut comprendre son embarras, tout directeur des services culturels du conseil général, ami de Jacques Gillot, président de l'assemblée départementale et fortement bousculé (moins que Lurel tout de même) par le mouvement social. L'écrivain n'est pas pour autant un tanbou a dé bonda, mais on retrouve toujours cette ambivalence dans sa prose; toujours prompt à houspiller et blâmer la jeunesse et ses compatriotes tout en sachant qu'ils sont capables de tous les possibles. Qui se souvient que dix ans auparavant, le 20 mars 1999 Pépin s'adressait à la jeunesse guadeloupéenne sans prendre de pincettes ? Il mettait déjà en garde contre la disparition de la solidarite, de la dignité et de l'identité, contre cette Guadeloupe perdue, connectée à l'Europe mais tournant le dos à la Caraïbe : Comment une société où toutes les maisons étaient ouvertes, sans crainte de voleurs, est devenue une société de barreaux, de grillages, de serrures, de chiens de garde, de vigiles qui ont pour mission de la protéger contre ses propres enfants ? Autrefois, nous n'étions qu'un vaste champs de canne pour le profit d'une ethno-classe à la solde des grandes compagnies sucrières. Nous voilà aujourd'hui métamorphosés en un vaste supermarché enrichissant quotidiennement les multinationales. Je déplore pour ma part que les noms de Delgrès, d'Ignace, de la mulâtresse Solitude , d'Hégessipe Légitimus, d'Henri Sidambarum, [...] de Sonny Rupaire , de Robert Mavounzy et de tant d'autres n'aient aucun écho dans ta mémoire. La chlordécone n'est pas le seul poison coulant dans les veines de la Guadeloupe L'écriture de Pépin serait-elle un brin pessimiste ? Dès les premières pages de Toxic Island , il nous conte une jeunesse sans frein ni guidon. La connaît-il vraiment ou se nourrit-il des fantasmes servis dans la presse quotidienne locale? Les premières lignes de Toxic Island sont violentes et brutales comme la contemporaine Gwada. C'est la Guadeloupe du ghetto, des bordels, de la débauche et de la folie qui nous est décrite: un groupe de jeunes gens, déchirés et déchirants dans leur détresse, des junkies prêts à perdre tout amour-propre pour acheter une dose. Ringo, fils de pute au sens propre, travaille chez un garagiste. Afin d'arrondir grassement ses fins de mois il écoule de la came, et contribue indirectement au délitement social et à la violence de son pays. Quand il rencontre une mystérieuse jeune femme, sa vie bascule. Il est pris, envoûté, charmé, mystifié, ensorcelé. Gina, dans un rôle messianique va bouleverser son existence, celles du cercle d'amis du dealer puis des Guadeloupéens par propagation. Dans un style à moitié fantastique, un peu comme dans l'homme au bâton, Pépin nous raconte un pays qui s'est perdu avant de retrouver de meilleurs sillons. Les héros, tombés dans la drogue, la prostitution et l'errance suivront la trace rédemptrice de la dignité. En filigrane apparaissent quelques évènements qui ont marqué l'auteur l'attentat du World Trade Center, le bicentenaire de la résistance guadeloupéenne en 1802, la disparition de Césaire, l'élection d'Obama, le tremblement de terre en Haiti. Le mouvement social de 2009, plus que quelques lignes dans la chronologie du conteur est représenté par un épisode diluvien de précipitations, 44 jours de pluie ininterrompue … Historien non, mais Pépin comme tout écrivain digne de ce nom a de la mémoire et connaît le passé. Toxic Island n'est pas un brûlot, le roman est une fiction figée dans le mitan de notre actualité la plus tragique. On peut légitimement se demander si Pépin ne fait pas de mauvais amalgames quand il décrit notre jeunesse en perdition. Toutefois, sans être un prophète ou un intellectuel pédant, l'écrivain aime son pays, le dit et l'écrit sans circonvolutions diplomatiques.Nous aurions tort de ne pas savoir recevoir son message. Toxic Island, Éditions Desnel 17,80 ? Quatrième de couverture
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