ou confidences d?une facebook-maniaque repentie? Les chemins menant aux addictions sont souvent jalonnés des mêmes étapes. Votre vie est normale, sans dépendance particulière. Puis un jour, une personne que vous pensiez bienveillante croise votre route et vous dit « Essaye, tu vas aimer ! Quoi tu ne connais pas ? ». Curiosité oblige, vous succombez. Au début vous dépendez de votre initiateur qui vous enseigne les rituels puis vous volez de vos propres ailes. Et devenez dépendant. Je m?appelle N.S et je suis facebookolique repentie. Autrefois, j?avais des amis en chair et en os, qui feignaient un rendez-vous chez le médecin pour ne pas venir m?aider à déménager, ou qui laissaient mourir mes plantes sans les arroser quand je partais en voyage. Des vrais amis quoi. Un jour j?en ai eu 580 (facebook friends) mais pas un seul n?est venu à mon anniversaire. Un matin ordinaire, je croisai une connaissance qui au moment de se quitter me demanda de « l?inviter sur Facebook ». La nature orgueilleuse de l?être humain le pousse à une seule attitude face à un néologisme d?origine anglo-saxonne. Prétendre qu?on le connait et acquiescer. Ce grand moment de solitude passé, vient le temps des investigations sur le petit trublion. Fesse-bouc ? Site de rencontres caprines ? Mystère? Adepte des courriers que l?on poste dans de vraies boites aux lettres et autres dinosaures de la communication, j?en étais encore à tout juste tolérer le pernicieux « T?es connecté ? T?es là ? T?es où ? » de MSN. Pourtant je ne pouvais accepter ne pas connaitre Facebook qui semblait être « the place to be ». Face à la question à un million, réflexe de téléphage : le coup de fil à un ami. Naïma, net-addict dans l?âme dont il n?y a guère que le grille-pain qui ne soit pas encore connecté au Wifi me présenta émue Facebook, sa nouvelle conquête en me précisant que c?était bientôt fini à cause de Twitter. Hé, oh, un seul à la fois ! Face à son enthousiasme, je devinai que sa page personnelle Myspace, son blog Skyblog et ses moult profils MSN ne pouvaient plus contenir ni son ego surdimensionné, ni son album photo encyclopédique. Big Brother avait enfin créé un terrain de jeu à la hauteur de sa superbe. Facebook l?ami qui vous veut du bien et vous aide à trouver plein de nouveaux amis. Un clic suffira à vous convaincre de la formidable utilité de ce nouvel ami philanthrope défini comme un site de réseautage social. Hideux néologisme pour dire site de makrelaj global. Car adapté à notre culture du koméraj, Facebook est l?arbalète qui manquait à la makrel pour harponner sa proie. Autrefois, il fallait attendre le hasard pour revoir une ancienne connaissance et la malparler sur sa prise de poids ou sa profession bien en deçà de ses ambitions lycéennes. Quelle tristesse ! Aujourd?hui, mon amie Naïma Krèl gagne en confort car c?est bien blottie au fond de son canapé qu?elle peut frénétiquement égrener sa liste de victimes et voguer toutes voiles dehors vers le SUD ou « Sa Untel Divini ». La route vers le Sud étant quelque peu sinueuse, quelques qualités sont requises pour arriver à bon port: une bonne mémoire des noms et une patience de philatéliste pour retrouver les prudents cachés derrière un pseudo… Grâce à Facebook, il suffit de taper nom et prénom et ô magie la photo apparaît dans une fenêtre ! Si l?inscrit a ouvert son profil à la consultation libre, Naïma Krèl se régalera. Gay gèl a untel, untel gwosi, untel mayé? Jubilatoire ! Elle me promit qu?en quelques clics le tour était joué. Une fois à la maison, il suffit de s?armer d?une photo et de remplir un questionnaire pointu criblé de questions pièges telles que « sexe : masculin ou féminin ? », vous gagnez alors le droit de rentrer dans la grande famille. L?engrenage est en marche. J?imitai mon initiatrice et partis à la pêche aux noms. Hourra, grosse prise, tu veux être mon ami ? Le lendemain, la magie était là, intacte. Ma boite mail d?habitude sèche comme un dimanche de carême croulait sous les mails « Untel accepte d?être ton ami ». Tous les matins ce fut le même délicieux rituel. Puis mon facebookolisme prit un tournant dramatique lors des évènements du LKP .Ces jours de mobilisation eurent des effets secondaires qui ne m?inquiétèrent pas les premiers temps? Le signe le plus troublant fut que je devins accro à Canal 10 qui était devenu mon compagnon de solitude en ces temps tourmentés. A chaque information, vite Facebook, je me dois d?informer la communauté antillaise qui ne vit pas ici : je suis PPDA, je suis le roi du monde ! Je prends des photos des rues de Pointe-à-Pitre en no man?s land. Je suis Cartier Bresson ! J?ai le pouvoir ! Pouvoir de courte durée car hélas, très vite, les autres Facebookiens eurent la même idée au bout de quelques heures. Si tous les facebookiens du monde voulaient se donner la main? Vous connaissez la suite. En quelques clics, je perdis ma couronne et fut destituée. Règne éclair. Rendez-moi Elie je l?ai vu avant vous! Les vidéos, photos, analyses se mirent à fleurir et ma carrière de reporter finit de se faner! Jou malè pa ni kinbwa ! Le sort continua à s?acharner sur la facebookolique que j?étais ! Une collègue de travail invitée dans ma frénésie amicale me fit remarquer qu?elle aussi s?était inscrite au groupe « J?aime les floups corossol » mais pas à celui de « J?aime glander sous la couette pendant mes RTT » parce qu?elle trouvait que çà ne faisait pas sérieux face à la Direction. Tssss. En partant elle précisa que je ne devais pas être inscrite depuis longtemps vu ma maigre liste d?amis. Elle n?invitait personne, question de principes, mais attendait qu?on l?invite. Quoique, avec 650 amis elle était blasée. Je lui rétorquai avoir lu dans le Monde que pour la modique somme de 67 dollars on peut s?acheter un pack d?amis sur le Net .Tssss. Le lendemain, acte de vandalisme, R. écrit sur mon mur (page d?accueil) : « Coucou c moi tu te souviens ! ». « Non je ne m?en souviens pas, descends de mon mur ! » serait une réaction humaine mais Facebookement incorrecte. Je lui préférai donc un «Non c?est toi ! Sans Facebook jamais je ne t?aurais retrouvé ». C?était bien avant Facebook? La lassitude me gagnait déjà jusqu'à ce jour maudit qui mit fin au paradis de ma débile idylle. Le fameux jour où une photo que vous avez oublié est mise en ligne et commentée. Nelly a été taguée (repérée) sur la photo « école primaire 1989 chorégraphie de Maldon ». La -zouk- machine est en route, chacun y va de son commentaire acerbe. Impossible de nier, mon nom apparaît sur la photo. Comment survivre quand on a porté un cycliste fluo ? A peine le temps de dire « Ka sa yé misyé bobo », on réalise que la photo litigieuse a été mise en ligne par un proche! Sur Facebook comme dans la Rome antique, on se fait souvent poignarder par un membre de son clan. « Tu quoque filii ? » (Toi aussi mon fils ?) furent les derniers mots prononcés par César poignardé par Brutus. « Facebook c?est fini? » furent mes derniers mots après le coup de grâce. Moins éloquent mais n?est pas empereur qui veut. Aujourd?hui, je suis à 185 jours, 8 h et 45 minutes de sevrage. Si, vous fidèle lecteur, vous êtes facebook-addict assumé, vous allez sans doute faire ce qui suit. Vous allez allumer votre ordinateur pour vous connecter sur Facebook. Vous allez rechercher mon nom. Vous allez mal l?orthographier et oublier le C. Vous allez réessayer et constater que j?ai toujours un profil; toujours des amis, que je me suis connectée avant hier et que « le Mika déchainé » a un groupe. Promis, demain j?arrête ! Nelly SCHUSTER [Article du mensuel guadeloupéen Le Mika Déchaîné ] http://www.failand.fr/ Partager sur Facebook Suite et source de l'article sur www.fwiyapin.fr | |