Le fwiyapin adopte à nouveau la règle du Je. De retour de l'île soeur sur laquelle je ne m'étais pas rendu depuis nanni-nannan, voici le récit d'une semaine trop vite passée. Madinina: Patrie de Casey, Raphaël Confiant, Aimé Césaire et Frantz Fanon, pour l'instant département français d'outre-mer. Je ne connaissais pratiquement pas la Martinique; j'avais cinq ans lors de mon dernier voyage. Ma hantise à l'époque était d'être mordu par un serpent ! Je peux dorénavant prétendre que mon ignorance concernant la Martinique a été légèrement comblée. On ne peut pas se faire une idée d'un pays, même aux dimensions modestes, durant un laps de temps aussi court. De surcroît si on passe ses journées et soirées à jouer à des parties de domino et de belote arrosées de rhums blanc et vieux, cette mission devient totalement impossible. Inutile et stérile également que de vouloir comparer globalement ou sur des points précis la Guadeloupe et la Martinique dans le but de dresser un classement. Le lecteur ne se verra donc pas infliger un énième règlement de compte entre Antillais sans intérêt. Alors Guadeloupe/Martinique menm biten menm bagay ? « Les experts des questions martiniquaises sont les Martiniquais » selon Pierre Aliker. Ainsi, derrière le rappel répété certainement de manière excessive de mon référentiel, la Guadeloupe, on ne doit pas y voir une préférence ou un jugement … En cette période de grandes vacances (et non d'été), la liaison maritime croule sous les demandes. A la caisse de l'entreprise qui a le quasi-monopole des voyages par la mer, une jeune femme peu avenante me dit qu'il n'y a pas de départ avant huit jours… Ce sera donc par la voie des airs, pour 75 euros de plus, que j'aurai le privilège de fouler le sol de l'aéroport Aimé Césaire. En général et sans surprise, la population et les paysages sont semblables à ceux que je connais en Guadeloupe. Sur le chemin qui nous conduit à Case-Pilote (côte sous le vent, mer Caraïbe), mes hôtes m'expliquent très vite que les embouteillages et les bouchons font partie du quotidien de l'automobiliste martiniquais. Je suis surpris lorsque je vois un panneau signifiant que la voie empruntée est une autoroute même si la vitesse y reste limitée à 90. Il y a même des tunnels et des radars signalés qui font passer à leurs niveaux les chauffeurs-kanklo à 30 km/h de moins que la vitesse autorisée. Globalement, les routes sont plus vallonnées qu'en Gwada qui possède une plaine calcaire, la Grande-Terre. Lapwent vs Foyal L'urbanisation autour de Foyal est impressionnante, presque la moitié de la population de l'île se concentre dans son agglomération. Les constructions s'étendent sur la verticale et mettent en exergue l'espace exigu. La mairie qu'on ne peut pas rater frappe l'oeil quand on passe sur la rocade. El Malécòn , le fameux bord de mer dont on nous rebat les oreilles n'a rien d'exceptionnel. Le prix des bokits, crèpes, agoulous semble plus élevé qu'en Guadeloupe. Mais que fais le C5F ?! Les rues du centre-ville se croisent en de belles perpendiculaires. Comme à Pointe-à-Pitre, junkies, zombis et autres camés errent ou stagnent sans but précis. Foyal, préfecture contrairement à Lapwent, ne semble pas souffrir autant que Pointe-à-Pitre de la concurrence des zones industrielles et des centres commerciaux gigantesques en périphérie. De belles bâtisses pour les amateurs d'architecture agrémentent la balade touristique. Impossible d'aller gambader dans la Savanne en ce moment, elle est fermée pour travaux. La statue de Joséphine est toujours décapitée et celle d'Esnambuc attend son bâton de dynamite qui lui émoustillera le fondement. Tour des yoles Véritable institution en Martinique, il n'y a pas d'équivalent en Guadeloupe. Le TGVT (tour de la Guadeloupe en voile traditionnelle) est bien loin de susciter le même engouement. Pour trouver un évènement comparable aussi populaire, ce serait le tour cycliste de la Guadeloupe. On voit bien la course à la télévision mais en live parait-il c'est mieux. Et puis suivre le tour sur l'eau est un prétexte pour une sortie en mer. Au début, j'ai eu du mal à comprendre pourquoi tant de gens prenaient leurs bateaux pour suivre les étapes. Puis j'ai saisi certaines motivations en voyant des catamarans de régiments de jolies jeunes filles dansant sur de la musique dancehall. Asiré pa pétèt si ça continue comme ça, des accidents auront lieu. Exemple: un imbécile changeant brusquement de cap pour partir à l'abordage d'un vaisseau de sirènes au risque d'une violente collision. Des inconscients navigant à tombeaux ouverts dans la zone des 300 mètres côtiers. Le nageur qui passerait au mauvais moment aurait le choix d'être assommé ou déchiqueté. J'entends dire que le tour des yoles serait un moment de cohésion et de mixité sociale. Je reste dubitatif, tout le monde n'a pas les moyens d'avoir un bateau, et parmi ceux qui peuvent, de belles différences de prix séparent l'embarcation du pêcheur aux discothèques flottantes. Pour ma part, mon frêle esquif, un kayak de mer deux places, a pu se faufiler partout et nous permettre d'assister aux savantes man?uvres des yoles passant entre les bouées d'arrivée de Fort-de-France. Des tuiles sur le parcours En tant que « touriste », mes amis se font un devoir de me faire visiter, parfois contre mon gré, les habitations des grandes marques de rhum. A un prix tout à fait abordable, historiquement et sociologiquement plus complet (sans impasse sur l'esclavage et les sanglantes grèves du début du 20 ème par exemple), optez pour la Maison de la canne à Trois-Ilets. Le plein tarif pour la visite de ce musée appartenant à la région est de 3 euros; pour les étudiants c'est 0,75? en période de vacances. Et les plages alors? La longueur de la plage du Diamant est impressionnante et les Salines remportent la médaille d'or pour leur beauté. Si la Soufrière est plus élevée que la Montagne Pelée d'une dizaine de mètres, l'ascension de la première est beaucoup plus aisée que la montée de la seconde. Pas non plus de relents de soufre ou de vapeurs acides brûlant les yeux. L'une des choses les plus surprenantes pour moi, ce fut la toiture de certaines demeures. De la maison d'accueil des jardins de Balata, des cuisines de l'habitation Joséphine aux modestes cases traditionnelles de pêcheurs j'ai été frappé par toutes ces tuiles, ne me souvenant pas d'un équivalent en Guadeloupe. La tôle est bien entendue globalement prédominante, moins chère (et plus solide ?). Mais même les arrêts de bus flambant neuf faits de plastique arborent des tuiles … Quant aux Martiniquais eux-mêmes, peu de chose nous séparent. Et ce n'est pas là un manque de respect pour la Dominique et ses habitants, la phrase précédente n'est pas à prendre au sens propre. Mais si vous êtes guadeloupéen, vous remarquerez que quoi que vous ayez pu faire votre interlocuteur martiniquais l'aura toujours fait mieux que vous. Dites lui que vous êtes allé à Cuba, il vous répondra qu'il a fumé des Cohiba avec Fidel Castro ! Partager sur Facebook Suite et source de l'article sur www.fwiyapin.fr | |