 Par Ernest Pépin
J?apprends avec tristesse la mort de Marny. Le plus vieux prisonnier de France ! Je dis que d?une certaine manière la société l?a assassiné en utilisant une arme redoutable : l?arme du temps ! C?est une vie gâchée derrière les barreaux dont les plus durs sont les barreaux de la conscience. Combien de fois, sans doute, a-t?il ressassé sa jeunesse et les crimes qu?elle occasionna. Combien de fois, sans doute, a-t-il constaté qu?il a été victime des circonstances ! D?une sorte de folie sans folie qui nous emporte dans la spirale maladroite d?un comportement inapproprié. Cela aussi c?est l?être humain, la pulsion de la colère, l?impulsion de l?aveuglement et ce surmoi qui éclate devant une supposée injustice. Cela peut donner Césaire ! Cela peut donner Marny !
L?un n?est pas réductible à l?autre mais l?un et l?autre sont des faces de lumière et d?ombres d?un seul jaillissement qu?on appelle l?homme. Toute jeunesse est une force d?ivresse. Seul le temps apprend l?humilité. Mais il arrive que l?humilité soit une souffrance insupportable. Elle l?était sans doute pour lui ! L?humilité, dans ces conditions là, où vivre c?est pourrir ou demain n?ouvre aucune porte sinon celle d?un pardon que personne n?accorde. Il m?est impossible, ce disant, d?oublier les victimes. Elles furent aussi victimes des circonstances de tout ce qui entraîne une sociopathie. La Martinique, pour de multiples raisons, baignait dans sa folie. Folie de l?argent ! Folie de la vengeance ! Folie de la fuite en avant ! Folie même des solidarites ataviques ! Dans cette affaire mal élucidée, la frénésie a son mot à dire. Je me souviens comment l?inconscient collectif « fabriquait » Marny à la manière d?un nègre marron revenu des hauteurs. Quelque part, nous l?avons incité à être ce nègre marron là qui n?a pas hésité à se baptiser « La panthère noire ». L?époque était à Django contre Zorro.
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