[Article du mensuel guadeloupéen Le Mika Déchaîné (nov)] « Ou ka sanm on Ayisyen ! Ou sé on ayisyen ! Ou abiyé kon ayisyen ! Misié nwè kon ayisyen !». Des formules séculaires que chacun de nous aura entendues ou prononcées dans son enfance, adolescence ou même à l?âge adulte. Des injonctions ou des sentences qui tombent sans appel pour critiquer ou rabaisser l?autre. Comme si l?Haitien était par définition un être méprisable. Un animal social désocialisé. L?Haitianophobie qui a cours en Guadeloupe, exacerbée pendant les années 1990 par le plus grand détracteur connu dans nos départements, Ibo Simon, lui-même noir kon lannuit? fèt , est un phénomène dommageable. Oui, j?emploie le parler même de cet homme pour montrer l?hypocrisie de la chose. Je ne veux pourtant pas m?avilir et me rabaisser à lui retourner ses injures et ses parjures raciaux et racistes. Seulement, c?est lorsque nous nous voyons infliger le même sort ? traités comme de la « négraille » ? que nos entrailles nouées, nous nous élevons en détracteurs de la peur du noir. Pourquoi nous-mêmes, descendants d?esclaves, en avons-nous peur ? Posons-nous cette question de manière pertinente. Il n?est plus temps de pratiquer la langue de bois ! Il faut dénoncer les injustices ? et je dénonce celles qui selon moi sont les plus criantes ! Je dénonce la discrimination dont souffrent les Antillais de France, les ultramarins eu égard à leur statut dans la République française qui est la « nôtre », comme je méprise celles infligées à nos cousins haïtiens. Mandé zòt ka ki « haïtianophobie » ? Connaissez-vous la racine de ce mal qu?il nous faut extirper de notre mentalité ? Pourquoi une telle pression sociale sur une population qui a été invitée à se rendre en grand nombre sur nos rivages et dans nos départements ? Pourquoi les incriminer quand ils ont été mandés, voire mandatés, par nos entrepreneurs pour satisfaire à des besoins en BTP aux meilleurs prix, pour occuper des emplois que nous boudons ou pour lesquels d?aucuns refuseraient de nous payer au salaire imposé par l?Etat? En effet, les Haitiens arrivent par vagues successives depuis les années 1970 dans les DOM, fuyant la dictature duvaliériste (jean-claudisme, régime du fils), mais ce n?est qu?après l?année 1991 (le plus fort pic d?émigration haïtienne au moment du coup d?Etat contre Jean-Bertrand Aristide) que le phénomène s?intensifie réellement dans notre petite Guadeloupe. Donc récapitulons : deux types de facteur entrent donc en compte dans la densification de l?immigration haïtienne : le renversement du Président Aristide et les besoins en main d??uvre corvéable et exploitable pour la construction d?hôtels (à Saint-Martin surtout) et l?exploitation agricole. Songez aux Africains et aux Maghrébins amenés en France pour reconstruire à l?après-guerre, cantonnés dans des « ghettos » ignobles et dont la France s?est délestés une fois jugés inopérants ou inutiles. Songez à leurs descendants déportés aujourd?hui. Exploiter et s?en défaire. Beaucoup parlent d?invasion haïtienne en Guadeloupe, mais il n?y a invasion que rançonnée. Quelle période de l?histoire a vu une invasion qu?un peuple aurait souhaitée ? Non, cette haïtianophobie n?a pas lieu d?être. Pour reprendre une célèbre expression haïtienne, je dirais « Déchouquons cette ignominie !! ». C?est-à-dire « arrachons le mal par la racine ! ». L?haïtianophobie est la conjugaison de deux choses : 1) notre hantise de notre négritude et de notre africanité si longtemps inculquée à nos aïeux : le noir est laid, sale, est prisonnier de ses pratiques sorcellaires « zombifiantes » et porteur de maladies invalidantes et discréditantes (SIDA) et 2) la « phobie de la négritude insurgée » pour que ceux dont nous procédons ignorent le miracle révolutionnaire haïtien. Il fallait nous bâillonner, juguler nos forces et notre intelligence de la révolte. Ces idées sont transmises à travers les générations pour annihiler toute velléité de les imiter ( ayisyen la endépandan ka i ka vinn chèché an péyi annou ! yo ni endépandans? poukwa yo pa ka rété an péyi a yo ? ). L?haïtianophobie est une maladie de « classe » : c?est la perversion de rapports sociaux rendus défectueux par les employeurs. Ce phénomène de haine racialisée n?a plus de sens aujourd?hui puisque nous cherchons à nous libérer des idéologies imposées par le colon! Alors déchouquez ce mal dans vos esprits ! 1804, les lumières du peuple noir qui scintillent pour la première fois. Sachez-le et respectez les peuples frères de la Caraïbe parce que c?est onè é respé ki ké fè nou vansé ! Sus à l?haïtianophobie ! Dechouke?l ! Stéphanie Meylon-Reinette Partager sur Facebook Suite et source de l'article sur www.fwiyapin.fr | |