[Article du Mika Déchaîné n°23] Depuis fin octobre, les Guadeloupéens peuvent apercevoir des nuages de poussières provenant de Soufrière Hills, le volcan de Montserrat qui avait fait des siennes en 1995. Depuis, la moindre de ses éruptions, ne cesse d'inquiéter nos compatriotes. Craignent-ils peut-être que notre Soufrière à nous, par mimétisme, ne s'y mette elle aussi et que la ville de Basse-Terre ne subisse le même sort que Plymouth, la capitale détruite et abandonnée? Ou que le dôme de Soufrière Hills ne finisse par se détacher et tomber dans la mer, créant enfin le tsunami tant annoncé qui doit tous nous faire périr? Que sait-on de Montserrat, cette île pourtant si proche? Quand on l'aperçoit par temps clair du haut de la Grande Vigie, on entend fréquemment la réflexion suivante: «là bas, c'est l'île qui a été totalement détruite par une éruption. Il ne reste que des cendres » (quand on n'entend pas :« c'est Antigua ou St-Kitts »… comme si les îles anglophones n'étaient pas dignes de notre intérêt. Que sait-on de notre voisine? En connaît-on ses influences irlandaises? (Avec l'Irlande, c'est tout de même le seul endroit du monde où la St Patrick est un jour férié!) Sait-on que c'est une colonie britannique? Que le Royaume-Uni y reste responsable des affaires étrangères, de la défense, de la sécurité intérieure, des services publics et du secteur financier extraterritorial? Que dans les autres domaines, le pouvoir exécutif s'exerce au niveau insulaire ? Qu'elle est membre à part entière de la Communauté des Caraïbes (CARICOM)? Que l'île est également membre de l'Organisation des États des Caraïbes orientales (OECO), qui dispose d'une banque centrale unique? Comment imagine-t-on Montserrat depuis la Guadeloupe? Un désert de cendres de 102 km2 ( c'est la taille de l'île) où quelques mutants tentent de survivre au milieu des débris, comme dans un film apocalyptique? Que dirions-nous d'un scenario où on nous montrerait aujourd'hui des infrastructures parmi les plus modernes de la Caraïbe? Un scenario qui raconterait qu'une population de 11 000 habitants en 1995, tombée à 2 700 en 1997 puisse tripler pour atteindre les 9 000 en 2009? Qu'une île qui aurait subi 10 ans d'isolement aérien puisse attirer à nouveau des milliers d'Anglais, Américains et Canadiens avec un tourisme vert, contrairement aux autres îles anglo-caribéennes, plus coutumières du tourisme de masse? On ne chercherait pas un peu à nous enfumer avec un tel scénario?! Et pourquoi ces touristes ne viendraient-ils pas s'y installer pour leur retraite, pendant qu'on y est ?! Justement. Loin d'être une fiction, c'est bien le résultat d'années de détermination et de labeur qui ont permis cette reconstruction dans la partie nord de l'île, dite « zone de sécurité » (les deux autres tiers du territoire demeurant une zone d'exclusion). La ville de Brades est devenue la capitale provisoire de l'île. Avec les fonds anglais, européens, caribéens mais aussi et surtout grâce à la volonté et la solidarite de ses habitants, Montserrat se reconstruit de manière efficace. Aujourd'hui l'île s'oriente clairement vers le développement touristique et économique. Un bureau spécial a été créé afin de réfléchir à des moyens incitatifs pour faire revenir les « magmas » Montserratiens exilés (par exemple: exempter de taxe ceux qui créeraient un nouveau business en employant au moins 5 personnes pendant 1 an) . Un effort considérable a été porté sur le logement. Banques, assurances, cliniques, écoles s'érigent fièrement près de Little Bay. Aussi surprenant que cela puisse paraître aux défaitistes que nous sommes parfois, l'île a également « boosté » ses exportations, en particulier dans le domaine des composants électroniques et des sachets plastiques Nos médias locaux, à l'affût du moindre crachotement de son dôme, ne parlent de Montserrat que pour évoquer une catastrophe imminente, tandis qu'un véritable miracle est en train de s'y produire. Alors, à l'heure où nous nous lamentons encore sur les conséquences du cyclone Hugo, prenons le temps de tirer notre chapeau à nos voisins méconnus et imitons plutôt cet exemple trop rare de détermination, d'intelligence et de travail collectif. Soufrière Hills fume et Montserrat, en pleine ébullition, renaît de ses cendres. Nathalie Laul Partager sur Facebook Suite et source de l'article sur www.fwiyapin.fr | |