 Nous avons déjà évoqué l?émission Infrarouge de décembre 2010 traitant de la Françafrique. Après avoir précédemment édité deux articles sur quelques exemples d?ingérence française développés dans le film incroyable de Patrick Benquet, nous conclurons sur le Gabon et la Côte d'Ivoire, respectivement pays aux richesses pétrolières abondantes et premier producteur de cacao au monde. Ce documentaire, diffusé en deux parties sur la télévision publique, relate « 50 années sous le sceau du secret » avec des témoignages exceptionnels de barbouzes, d?hommes d?influence et de personnalités politiques. Tous liés par la pwofitasyon française en Afrique. De Gaulle revient au pouvoir en 1958, à la faveur des évènements qui secouent l?Algérie. C?est l?avènement de la cinquième République française. Le général ne peut empêcher le cours de l?histoire et la vague d?indépendances à venir. Un référendum est proposé aux colonies pour l?indépendance en 1960. Mais la Métropole souhaite garder la main mise sur les ressources et les matières premières de ses anciennes colonies, fondamentales pour sa politique économique et énergétique. Gabon: soupe à Bongo Si un pays illustre au mieux la Françafrique et son évolution, c'est bien le Gabon. Léon Mba est son premier président. Docile, il bénéficie du soutien de l'ancienne puissance colonisatrice. A ses côtés, un super secrétaire général officieux, Jacques Pigot, envoyé initialement pour un an par le ministère des affaires étrangères. Ce monsieur possède toujours un bureau dans le palais présidentiel de Libreville. Mba est déstabilisé en février 1964. Foccart ordonne alors à Maurice Robert (directeur du service Afrique au SDECE) de remettre le président sur son fauteuil. A la suite de ces soubresauts, une garde présidentielle est créée et dirigée par un certain Robert Maloubier. ?Bob? est gérant de sociétés forestières. Il a auparavant frayé au SDECE et s'est appuyé sur des malfrats pour éliminer des porteurs de valises du FLN . Ce qui lui a valu cet exil provisoire. Des policiers de la préfecture de police de Paris font le déplacement pour former la garde présidentielle. Affaibli physiquement, Léon Mba fait changer, à la demande de la France, la constitution gabonaise. Pourra ainsi lui succéder sans élection, son directeur de cabinet Albert Bernard Bongo. Sous le règne d' Omar Bongo, quand un opposant meurt et que la foule en colère provoque des émeutes et s'en prend aux installations d'ELF à Port-Gentil, ce sont les troupes françaises qui rétablissent l'ordre après qu'il ait préalablement menacé de faire appel aux américains. En 2009, à sa mort, c'est son fils Ali, qui prend la relève. Après des élections bidonnées qu'il n'aurait jamais du remporter reconnait l'ancien directeur des services français au Gabon. Mais c'est un ami des intérêts hexagonaux, alors Sarkozy n'est nullement menaçant contrairement à sa réaction face à Laurent Gbagbo. Pourtant au Gabon, la France n'avait pas de candidat jurait le président de la République … Omar Bongo choisissait les ambassadeurs qui lui convenait. Ainsi, les rapports s'inversent. Bongo n'est pas satisfait de l'ambassadeur qui succède à Delaunay. On lui envoie Maurice Robert, qui entre temps, après l'arrivée de Pompidou, s'était fait embaucher chez ELF. Quand sort le bouquin de Pierre Péan Le monde selon K on découvre que Bernard Kouchner s'est fait payer chaque page de son rapport sur la sécurité sociale gabonaise 140 000 euros… Alors que l'agence française de développement l'aurait fait gratuitement. Fin connaisseur de la politique française, Omar Bongo tenait à rencontrer dans les somptueux hôtels parisiens les futurs dirigeants et donnait même des noms pour la composition du gouvernement français. L'ancien président gabonais a également obtenu que Bockel, le ministre à la coopération qui voulait signer l'acte de décès de la Françafrique soit viré, remplacé par Joyandet, un franc-maçon. Une colonisation inversée ? L'expression est exagérée, mais elle montre une tendance qui semble se confirmer. Parmi les récentes révélations de Wikileaks (dont une reprise par le Canard enchaîné du 5 janvier 2011), figure cette note diplomatique américaine sur 30 millions d'euros sortis des coffres de Bongo dont une partie aurait servi à arroser les partis politiques français. Les deux camps pour ne pas faire de jaloux sont concernés; « surtout à droite, en particulier à Chirac, mais aussi à Sarkozy ». Et si l'actuel président français avait été le candidat d'Omar Bongo ? Cela expliquerait la présence de sa fille Pascaline et du ministre des finances gabonais au congrès d'investiture du candidat de l'UMP en 2007… Côte cassée En Côte d'Ivoire, la situation est toujours bloquée. Laurent Gbagbo est accroché à son titre de président, et les pressions internationales ne parviennent pas à le convaincre de laisser la place à son adversaire Alassane Ouattara. Les politiques français, à l'exception de quelques socialistes – dont l'avocat Roland Dumas impliqué dans l'affaire ELF, désavouent Gbagbo. C'est que l'homme n'a jamais été le candidat de la France. La Côte d'Ivoire, indépendante depuis 1960, a été dirigée par Félix Houphouët-Boigny jusqu'en 1993. Sa succession sera chaotique. Gbagbo prend les rennes du pays en 2000. La France ne l'aide pas à mater les rebelles du nord. Fin 2004, neuf soldats français sont tués par un bombardement d'un aéronef ivoirien. En représailles, la maigre flottille est détruite. La suite tragique est la fusillade par l'armée française des manifestants devant l'hôtel Ivoire: 67 morts et plus d'un millier de blessés. Élu en 2010 et soutenu par la communauté internationale, Alassane Dramane Ouattara à l'heure où nous publions ces lignes n'a toujours pas pu s'installer au palais présidentiel. Gbagbo s'agrippe voracement au pouvoir, foulant du pied les principes démocratiques. Il n'a accepté ni poste de professeur aux USA ni exil en Arabie Saoudite ou chez Kadhafi. Qu'en est-il de la sincérité des élections ivoiriennes ? On est enclin à penser que l'ami de Nicolas Sarkozy et du bétonneur Bouygues (production et distribution de l'électricité) est quand même moins malhonnête (sur ce coup) que son adversaire. La France soutient l'ancien vice-président du FMI contre « le boulanger », mais elle ne fait plus ce qu'elle veut dans ses anciennes colonies. La françafrique est en perte de vitesse. La plupart des français expatriés fuient la Côte d'Ivoire; pas les entreprises B&B qui elles font de juteux profits … Histoire de faire moderne, Houphouët et Ouattara accordent, à l'époque, un semblant de multipartisme. Mieux vaut ne pas s'y fier: les manifs étudiantes sont réprimées dans le sang , par les troupes du colonel Gueï, futur putschiste. Laurent Gbagbo est jeté en prison, tabassé et torturé, tout comme son épouse Simone. Ils n'oublieront pas les noms de leurs bienfaiteurs. Jean-François Julliard, Le canard enchaîné (22/12/10) Relire sur Fwiyapin: Motherfoccart (1/3) Motherfoccart (2/3) Partager sur Facebook Suite et source de l'article sur www.fwiyapin.fr | |