Entretien avec Lucette Michaux-Chevry Le Mika D?a? N° 23 Un sens pr?ce de la r?lte « Pour bien comprendre mon parcours politique, on ne peut pas l’extraire de l’?cation que j’ai re?. Une famille de 10 enfants, au sein d’une soci? dans laquelle les filles n’avaient pas de place . Aussi, je me suis toujours r?lt?contre ce sentiment d’inf?orit?Ma jeunesse a ? celle d’une ?rch?vive, d’une r?lt? J’ai ? tr?jeune, fortement marqu?par l’histoire G?nimo, par sa r?lte, son refus subir l’invasion am?caine. De m?, je n’ai jamais accept?e subir: c’est une force mais c’est aussi une faiblesse. J’ai ? ?v?par une m? tr?petite, tr?autoritaire, puissante, en tr?bonne sant?qui n’a jamais ? malade, qui est morte tr??e. Et j’ai toujours gard?n moi l’image que la maladie, la faiblesse, ?it un signe d’impuissance et que je devais toujours contr?. Ma m? m’a enseign?ne devise que j’ai ?g?omme un pilier dans ma vie: « Dans la vie, pars la premi?, va de l’avant. ». C’est comme une force d’impulsion; j’ai en moi une v?table rage de vivre, d’apprendre, de travailler, de combattre. Et je ne supporte pas la m?ocrit?/p> En la politique, il n’y a pas de place pour l’h?tation, pas de place pour les ?ts d’?. On trace le sillon et on y va… Ses valeurs: Unit?’est pas Uniformit?/strong> « J’ai toujours eu une tr?grande ambition pour mon pays. Tr?t?j’ai pr?le slogan « Fran?s majeur », et ?a ? la devise de toute ma carri? politique. Cela signifie que je pense que nous sommes dans un bloc, dans lequel nous partageons des valeurs r?blicaines. Je suis dans un pays, o? puissance des institutions, leur stabilit?constituent un ciment extr?ment fort. Mais en m? temps, lorsque l’on regarde l’histoire de la France, il y a toujours eu un sentiment tout aussi fort de r?onalisation, ?ravers par exemple les Chouans, les sp?ficit?juridiques de l’Alsace, l’histoire de Nice de son rayonnement, etc. Il y a toujours eu en France un sens tr?fort de centralisme, de l’unit?ationale, mais sans jamais d’uniformit?Unit?e veut pas dire uniformit?La France est diverse. Or j’ai mal v? de voir que la d?rtementalisation, devait se contenter de n’?e qu’une photocopie litt?le de mise en application des textes de la m?opole. J’ai beaucoup analys?a pens?du G?ral de Gaulle sur la Constitution de la V ? R?blique. Et Justement dans la V ? R?blique, on voit appara?e de fa? tr?claire, la prise en compte des particularismes de l’Outre-Mer. Si ces particularismes ont ? scell?au sein de le Constitution, pour autant, chaque fois qu’un texte ?it vot?il ?it appliqu?ans prendre en compte nos sp?ficit? Mais c’est aussi de notre faute. Il ne faut pas tout le temps, se d?sponsabiliser, en se disant que c’est la faute de l’autre. La soci? Guadeloup?ne : Un peuple qui a tendance ?ublier sa capacit? r?ster Nous avons trop cherch?apr?les s?elles de l’esclavage, ?ommer l’esclavage lui-m?. Nous avons laiss?ommer l’esclavage. La France le voulait, parce que dans ses valeurs humanistes, elle ne pouvait pas admettre qu’elle ait pu nier ?n homme son humanit?parce qu’il ?it noir. Et nous esclaves, nous avons trop fix?os regard sur le ma?e. Nous nous sommes d?nsid?s, en perdant de vue que parmi les esclaves, il y avait aussi des princes. Alors toute l’histoire de la Guadeloupe, se construit dans une ?rnelle recherche de notre propre identit?Nous sommes des ?es d?ir? ?rch?vifs, fragiles. Nous r?issons avec des sentiments parfois tr?nobles, mais sous des impulsions, parce que nous n’avons pas constitu?otre propre terroir. Nous nous sommes vus ?ravers le ma?e, ?ravers l’autre, ?ravers la M?-Patrie et ses h?s, ?ravers tout ce que l’on nous a inculqu?epuis l’enfance, en nous oubliant nous-m?, en occultant notre histoire pourtant tr?riche. Mais lorsque que l’on regarde notre histoire, certes, il y a un pass?ouloureux, mais il y a aussi un pass?e r?stance. On le perd trop souvent de vue. Moi je suis fatigu?de voir que l’on montre toujours l’esclave qui re?t le fouet, alors qu’on oublie ceux qui r?staient au fouet. On oublie l’esclave, qui le pied coup?partait quand m? ?a recherche de sa libert?en sachant qu’il allait perdre l’autre pied. On oublie cette capacit?xtraordinaire que poss?it l’esclave ??ster, ?e pas se laisser d?ader. Delgr? est le symbole qui nous ressemble: un homme p?i de la culture fran?se et imbib?es r?es de la R?blique qui renonce ?ous ses galons pour devenir un n?e marron. Nous aurions pu b?r, dans le giron de la France, un ?t d’un id? extraordinaire, o? place de l’homme est au centre d’une soci? m?ss?ethniquement, culturellement, historiquement. Car en nous, dans nos g?s, coexistent un cocktail de races et un brassage de cultures. Mais au lieu de cela, la Guadeloupe est devenue une ?nge qui se baigne, dans la culture des autres, dans les pens? des autres, dans les soci?s de consommation des autres. Or nous avons perdu la qualit?ondamentale de l’?nge: une ?nge est vivante et nous, nous sommes une ?nge morte. Nous nous contentons de photocopier. Apr?avoir photocopi?a France, nous avons photocopi?’Afrique. E kon y?a nou ka fotokopi?a karaib. Ses combats politiques : Projeter la Guadeloupe toujours plus loin J’ai men?a ligne politique avec ce que j’ai en moi, avec ma force de caract?, avec ma capacit? combattre. On oublie que lorsque j’ai eu la lourde tache de mettre en place la d?ntralisation, c’?it un combat contre l’Etat. Et j’ai pu obtenir, dans le cadre de la d?lution des biens que le patrimoine de la Guadeloupe reste ?a Guadeloupe. La R?dence D?rtementale n’aurait jamais ? la propri? du Conseil G?ral, si je n’avais pas tap?u poing sur la table. Il en est de m? pour les ports et de bien d’autres b?ments. Et quand on engage un combat contre l’Etat, il faut ?e pr??n subir les cons?ences. Rien n’a ? facile pour moi, toutes les d?sions que je pouvais prendre faisait l’objet d’un examen « minutieux ». Tout ?it contr? v?fi?on ne me laissait pas passer une virgule de travers. Mais je n’en ai pas souffert, car ?? pour moi une formation excellente. On me donnait l’obligation d’?e parfaite. 1982, j’ai ? la premi? femme en France, Pr?dente du Conseil G?ral. 1992, je deviens Pr?dente de R?on et aussi la premi? femme ?voir ce mandat. ? ne fait pas plaisir ?out le monde. J’ai connu, par exemple, la fermeture de mes locaux par la Pr?cture. J’ai d?tervenir aupr?du Ministre de l’?que M. Deferre, pour faire respecter la loi r?blicaine. Avec la d?ntralisation, j’ai essay?t r?si ?rojeter la Guadeloupe vers l’ext?eur. J’ai r?is?es R?ons Ultra P?ph?que, en 1993, avec la Guadeloupe, la Martinique, les Canaries, les A?es et Mad?. Tous les pr?dents sont venus signer ici-m?, la reconnaissance que l’Europe n’?it pas continentale, qu’elle poss?it un bassin maritime extr?ment riche gr? ?ous. Ensuite j’ai cr?la coop?tion carib?ne, j’ai sign?es « Accords de l’association des pays de la Cara? ». Mais aujourd’hui, tout le monde a tout oubli?On a oubli?ue la France, normalement, n’a pas a intervenir dans la Cara?, sauf dans ses pouvoirs r?liens. Tout le reste est de notre comp?nce. J’ai initi?a coop?tion scientifique et technique, dans le domaine de la recherche, dans le domaine de la pharmacop? dans le domaine culturel. J’ai m? lanc?es autoroutes de la communication, et normalement nous aurions d?ner les op?tions. On nous faisait tellement confiance ?’?que, que nous g?ons le programme LEADER, c’est la Guadeloupe qui g?it les fonds de coop?tion dans la Cara?. Nous avions fait des avanc? consid?bles… Aujourd’hui, nous avons beaucoup perdu. Et cela a abouti ?a faiblesse actuelle du rayonnement de Guadeloupe. Aujourd’hui, ce qui m’attriste, c’est de voir, que malgr?a d?ntralisation, il y a un tel vide, que l’Etat a repris le pouvoir. La politique est une vocation, un don de soi pour les autres. Mais quand je vois la classe politique actuelle, je suis totalement d?as? Moi j’ai appris ?aire de la politique avec des grands seigneurs: Nainsouta, Bernier, Archim?, Ib?, Ninine et j’en passe. Et ils ont toujours r?si ?onstituer des blocs de r?stance contre les propositions du Pr?t, qui ?it ?’?que le patron du Conseil G?ral. Avant, on rentrait en politique parce que l’on avait la foi. L’entr?en politique se faisait lorsque l’on ?it d? un personnage r?t?t reconnu soit par son travail, soit par sa renomm? Aujourd’hui, on rentre en politique pour avoir une carte de visite. La politique c’est une vocation, un don de soi pour les autres. Je ne sens plus dans la classe politique actuelle, cette force qui poussait ??ndre notre pays. Je ne vois plus cette flamme qui fait la force de l’homme politique. Je ne veux pas dire qu’en Guadeloupe, il n’y a pas d’hommes politiques comp?nts, le probl? n’est pas l?/p> Mais je ne sens plus cette flamme, moi, je l’ai encore en moi et je ne la perdrai jamais. Elle me porte, elle rayonne en moi, elle m’?aire, elle me fait combative. D?que l’on parle la Guadeloupe, elle s’anime en moi. L’assembl?unique Lorsque le 7 Decembre 2003, on a vot?ON au R?rendum, sous l’impulsion de Victorin Lurel (qui a cr?le front du refus pour emp?er les deux collectivit?de se fondre en une seule), qu’a t-on fait ? On a men?n combat contre Michaux-Chevry. On a parl?e l’affaire Jancky, on a parl?u pouvoir personnel. Et en d?nitive, les Guadeloup?s ont dit ?ne majorit?crasante : « Nous ne sommes pas capables de g?r notre pays, nous ne sommes pas pr? ?ssumer nos responsabilit? Nous voulons le droit commun fran?s, tout le droit commun fran?s, rien que le droit commun fran?s. » Mais si l’on dit aux gens qu’ils n’auront plus le RMI, ni les allocations familiales, qu’ils vont perdre leur retraite, que la petite voiture jaune ne passera plus, il est normal qu’ils aient peur. Les m?as ont contribu? fausser le d?t. La Guadeloupe, le 7 D?mbre, aurait pu, aurait du avoir une assembl?unique, sur le fondement de l’article 73, o? y aurait eu moins d’?s. Et en mars 2004, toutes les forces de gauche (et autre) se seraient battues pour abattre Michaux-Chevry. Mais la Gauche m’a rendue le plus bel hommage qui soit le 7 D?mbre, en faisant voter NON pour m’abattre, et en confondant Lucette Michaux-Chevry ?a Guadeloupe. Il appartient aux ?s d’informer la population, de tuer des grandes peurs, par un dialogue de v?t?Oui j’aurai d?re ?e Pr?dente en 2004, il suffisait que je renonce ?’Assembl?unique. Mais je pr?re ?e l?? suis… La crise actuelle: Les 200 euros s’apparentent ?ne forme d?adante de mendicit?strong> Lors de mes voeux ?a population de Basse-Terre au d?t Janvier 2009, j’avais pr?t que la Guadeloupe allait exploser. Dans nos assembl?, on ne prend pas en compte l’opposition, elle est litt?lement ?uff? Un maire qui critique au Conseil R?onal, voit ses subventions imm?atement sucr?. Aujourd’hui, ?a veille des ?ctions, on fait du cin?, on donne de l’argent ?out le monde. Mais nous ne sommes pas dans un syst? de d?cratie, nous sommes dans une petite dictature, une toute petite dictature, bas?sur la mesquinerie. Ce qui fait avancer dans une assembl? c’est l’?ange. Quand un adversaire politique vous apporte une argumentation de nature ?ourrir un projet, c’est enrichissant. Mais quand vous avez un monologue en continu, il faut bien se rendre compte qu’il y aura un contre-pouvoir, mais dans la rue. Quand d’autre part, le d?loppement t?nne, que l’?nomie est en panne, que les plus d?nis peinent encore plus, la r?lte ne se fait pas attendre. Quand d’un autre c? on voit un Pr?dent qui va aux Etats Unis d?acer du monde pour assister ?n match de football, qui d?nse des sommes folles pour des manifestations musicales, quand la jeunesse voit fermer l’AFPA et est oblig?de se rendre en Martinique pour suivre des formations, il est normal qu’un contre-pouvoir s’instaure. Au d?t du mouvement, j’ai per?la revendication « la Gwadloup s?an nou » comme un cri, un appel ?voir plus de de pouvoir d?sionnel, plus de responsabilit? La demande de travail pour tous correspondait aux id? qui sont les miennes: travail, dignit?responsabilit?/p> Mais quand j’ai vu tout cela se transformer en 200 euros, je me suis referm?comme un huitre. Certes, les revendications sur le co?e la vie sont l?times, oui il est indispensable de mettre en place un v?table plan de relance, mais on ne r?e pas la question de la dignit?’un peuple avec de l’argent, avec 200 euros. Qu’est-ce que ?a rapport?ux 80 000 foyers qui ont b?fici?es 200 euros? O?t all?et argent? Soit dans les traites de voiture, soit dans les fausses septiques. ? s’apparente pour moi, ?ne forme d?adante de mendicit?La Guadeloupe m?te mieux que cela. La jeunesse guadeloup?ne, et c’est l?’espoir, a encore une certaine fiert?/p> De l’apaisement pour la Guadeloupe de demain Je ne vais pas tout dire. Mais ma principale pr?cupation, c’est que chaque guadeloup? commence par se remettre lui-m? en question. Est-ce j’aime mon pays? Est-ce que je mange ce que produit mon pays? Est-ce que je vis pour mon pays? En un mot je voudrais que la Guadeloupe r?prenne ?egarder la Guadeloupe, ?couter la Guadeloupe, et ?’instar de nos ain??e donner pour le Guadeloupe. A partir de cette base, tous les projets de soci? sont r?isables. Car on peut b?r des tonnes de projets de soci?. Mais si nous ne faisons pas la Guadeloupe p?trer dans nos veines, dans notre sang, dans notre cerveau, si nous ne faisons pas de la Guadeloupe la finalit?e toutes nos actions, nous allons vers des lendemains terribles. Le destin m’a permis de faire le tour du monde de par les deux postes minist?els que j’ai occup?J’ai combattu le tourisme sexuel, j’ai fait changer le code p?l fran?s. A la demande de Fran?s Mitterand, j’ai pr?r?a r?exion sur le Tribunal P?l International charg?e sanctionner les crimes contre l’humanit?Et l?je rend un hommage au barreau de la Guadeloupe qui a oeuvr? m’aider dans ces deux dossiers importants. Je pourrai citer de nombreux exemples o?ai port?aut et fort le nom de la France, avec toujours au fond de moi une fibre guadeloup?ne qui ne m’a jamais quitt?/p> La Guadeloupe a besoin d’?e pacifi? d’un discours politique de coh?nce, de pond?tion et de sagesse. Les jeunes attendent de nous l’esp?nce. Et l’esp?nce ne na?que dans un climat de tol?nce et de respect de l’autre. Le destin m’a beaucoup donn?Et tout ce que le destin m’a donn?je n’ai qu’une ambition, aujourd’hui : le restituer ?es compatriotes. Propos recueillis par Gladys D?crite
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