( François Bayrou, à la sortie d une messe, à Pointe-à-Pitre, il y a quelques années ). Sans trop croire à sa probabilité, Luc Ferry sur son blog, énonce et commente la possibilité d une élection de François Bayrou. , François Bayrou Par Luc Ferry Publié le 15/02/2012 à 19:30 La chronique de Luc Ferry Une chose est désormais certaine: à moins d un séisme inimaginable, comparable à celui qui mit DSK hors jeu, Francois Hollande sera présent au second tour. Le PS, ce prétendu «grand cadavre à la renverse», n a en réalité jamais été aussi en forme depuis l981. Dès lors, trois scénarios et trois seulement sont envisageables. D abord le plan catastrophe: un second tour Le Pen -Hollande. Le candidat socialiste sera alors élu dans un fauteuil, comme le fut Jacques Chirac en 2002. Deuxième scénario, de loin le plus probable: un match Sarkozy -Hollande. Une défaite de l actuel président n a rien d inéluctable, mais elle ne saurait être exclue. Nicolas Sarkozy aura, quoi qu il arrive, beaucoup à faire pour remonter la pente et rattraper un retard qui atteint des proportions jamais vues à ce stade pour un président sortant. Il peut rebondir, c est un combattant hors pair, mais le réalisme oblige à reconnaître qu un échec est envisageable - et du reste envisagé par lui-même lorsqu il a évoqué son «après-l Élysée». Subsiste alors un troisième cas de figure, peu probable mais pas tout à fait impossible: un second tour Bayrou-Hollande. C est bien entendu l hypothèse que privilégie le président du MoDem. Il s appuie sur l idée qu à la différence de Marine Le Pen, et même de Nicolas Sarkozy, il pourrait être le meilleur candidat de centre droit dans un second tour face à Hollande. Après tout, Bayrou défend ce à quoi la droite républicaine tient finalement le plus: un réel souci de désendettement du pays et une adhésion de toujours aux valeurs de l Europe, à quoi s ajoutera un projet de gouvernement d union nationale qui pourrait plaire aux Français. Dans l hypothèse, bien sûr, où les mauvais chiffres continueraient de faire peser un doute sur les chances de Nicolas Sarkozy, Bayrou pense qu il peut apparaître comme un recours. Il rappelle à juste titre qu en 2007, il aurait pu l emporter dans un second tour aussi bien face à Ségolène Royal que face à Nicolas Sarkozy. Pour être franc, je ne crois guère à ce scénario. Il n est pas absurde, bien sûr, mais peu crédible et ce pour une raison simple: Sarkozy est loin, très loin, d être aussi affaibli que ne le pense Bayrou. Si le risque existe, en effet, qu il perde au second tour, il est en revanche quasiment certain qu il y sera présent. Quel rôle restera-t-il alors pour le président du MoDem? Il devra changer son fusil d épaule, car il pourrait bien être, s il en a le courage et Hollande l audace, celui qui évite à la France la pénible épreuve d un gouvernement socialiste coincé d entrée de jeu entre une extrême gauche hyperdémagogique et des Verts qui réclament sans rire la semaine des trente-deux heures (quelle perspicacité!), la décroissance (on y est presque, hélas!) ou l abandon du droit de veto au Conseil de sécurité de l ONU (c est-à-dire l abaissement de la France sans la moindre contrepartie!). C est là que gît la réelle menace pour le pays, et il est bien possible que Bayrou soit le seul à pouvoir nous en préserver. D aucuns s imaginent qu il finira par rejoindre Sarkozy. Ils se trompent du tout au tout. Quoi qu il arrive, jamais Bayrou ne rentrera dans le giron de l UMP. D abord parce qu il est convaincu, à tort ou à raison, que Sarkozy va perdre, et on voit mal dans ces conditions quel intérêt il aurait à faire voter pour lui. Ensuite et surtout, parce que cela reviendrait à anéantir tous les efforts qu il a consentis depuis vingt ans. L image du centriste qui rentre au bercail pour un plat de lentilles après tant d années de «résistance» serait dévastatrice, à vrai dire mortelle, et même pour un poste de premier ministre, il ne trahira pas ses convictions. L homme est irritant pour ses adversaires, parce qu avec une acuité sans faille, il met toujours le doigt là où ça fait mal, mais il a une colonne vertébrale, des valeurs, de la constance et un cap. Si l on regarde le paysage politique de manière objective, hors esprit partisan, l intérêt de la France serait de disposer un jour, comme aux États-Unis, d un grand parti de centre gauche opposé à un grand parti de centre droit. Le centre seul n a aucun avenir plausible. Il suffit pour s en convaincre d imaginer ce qu il adviendrait de l alternance démocratique si, par un improbable hasard, il parvenait au pouvoir. Pour la droite comme pour la gauche, il est en revanche vital de maîtriser les extrêmes, qui jouent à côté du damier, et dans ce combat historique, crucial pour le pays, c est François Bayrou qui détient peut-être bien la principale clé. blog www.lucferry.fr Suite et source de l'article sur www.lescrutateur.com | |