La créolité ou le syndrome de Stockholm

La société antillaise se berce d?illusions sur son avenir en voulant imposer à travers ses élites un mouvement culturel appelé en toute naïveté « créolité ».
La créolité est aujourd?hui définie comme un mouvement de défense des valeurs culturelles et spirituelles propres aux créoles des Antilles françaises. Plaçant la question de la langue créole au c?ur du projet d'émancipation postcolonial, la créolité s'inscrit dans la longue histoire de la reconnaissance de la spécificité antillaise autant que dans le nouveau contexte mondial d'une culture sans frontière.
Cette vision moderne partisane ne doit pas nous faire oublier le sens du mot dont elle tire son origine.
«créole» : Personne de race blanche, d'ascendance européenne, originaire des plus anciennes colonies d'outre-mer.
La notion de créole a évolué avec les connaissances linguistiques, le mot désigne aujourd'hui un système linguistique autonome, d'origines mixtes, issu du contact d'une langue européenne avec des langues indigènes ou importées (Antilles), devenu langue maternelle et langue principale d'une communauté.
La réalité est que la créolité est une idéologie esclavagiste qui a continué dans le mouvement colonial et colonialiste et qui a fini, par contorsion, à devenir l?identité de ceux qui en sont les victimes. La créolité est la fille naturelle de la créolisation du 18 ème siècle qui était un processus de conversion des esclaves fraîchement débarqués sur ces îles qui allaient devenir leur tombeau; si ces africains avaient une croyance religieuse pour eux l?enfer était sur cette terre là. Le processus de créolisation, selon le témoignage du marquis de Ségur habitant la Guadeloupe, nous est raconté dans le livre de Frédéric Régent « La France et ses Esclaves »
« En général, il est plus avantageux d?acheter les Africains depuis l?âge de douze jusqu?à seize, les mettre au petit atelier pendant deux années ou plus longtemps, si leurs forces ou leur tempérament l?exigent, et les accoutumer, par gradation, aux travaux les plus pénibles, les y employant quand il est temps, d?abord une heure et successivement toute la journée ; mais tant qu?ils ne sont pas formés, il faut les soigner beaucoup, les confier aux esclaves de leur nation reconnus pour les meilleurs sujets, leur faire soigner leurs jardins, les accoutumer à les travailler avec l?intérêt que doit donner la propriété, et ne point les incorporer au grand atelier qu?ils n?aient leur case et leur ménage montés. Les commandeurs doivent recevoir l?ordre le plus absolu de ne point infliger aucune correction aux nègres débarquant de Guinée ; ils doivent, au contraire, leur expliquer avec douceur ce qu?ils ont à exécuter, leur faire remarquer leur faute par la voie de leurs compatriotes, qui doivent, autant que la chose est possible, être mêlés parmi eux lors du travail et logés dans leur voisinage ; on ne doit commencer à les corriger que lorsqu?ils sont assez créolisés pour être jugés capables de commettre des fautes avec connaissance de cause, car alors il serait dangereux de leur tout passer. »
L?auteur affirme qu?en faisant cela, les Africains, après deux ans, « seront créolisés et d?excellents esclaves ». Selon ce planteur le terme de « créolisation » signifie une adaptation au système d?habitation qui passe par le bon accomplissement du travail demandé et la compréhension des ordres, donc de la langue. Le moyen d?expression entre le colon et l?esclave n?est pas le français mais le créole. Cette langue apparaît dès le début de la colonisation.
« Tous créoles » nous dit cette association dont la plupart des représentants, sont les dignes héritiers de ces créoles authentiques qui, ont fait le malheur de feux nos ancêtres. Serait-ce le nouvel ordre donné par ceux qui ne reconnaissent pas l?héritage de leurs ancêtres bienfaiteur de l?humanité, mais qui utilise toujours le même système de trépanation pour orienter les esprits faibles et aliénés qui restent prompts à servir de commandeur à cette génération second life de l?esclavage moderne.
Aimé Césaire avait compris très tôt que les Africains des Antilles seraient soumis à l?ineffable complexité de l?être. Son expérience de la société parisienne et les tribulations qu?il allait traverser lui firent créer le concept de négritude. Ce concept était tout simplement la réponse d?un être raisonnable face à un environnement hostile. Cette société qui rejetait tout ce qui lui semblait étrangère à sa « race ». Le concept de négritude a permis à cet homme de raffermir son identité, d?originaliser son existence pour ne pas perdre pied dans ce monde ou les femmes et les hommes de couleur noire n?avait de raison d?être que dans la servitude.
Aimé Césaire est mort le 17 avril 2008, il nous a laissé la négritude et la mémoire du noir authentique.
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Article déposé le : 15/8/2010 16h55


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