[article du Mika Déchaîné n°23] Décidément, l'Artchipel pèche par sa programmation théâtrale, comme le démontre l'affiche de ce trimestre : Entre octobre et décembre, alors que seule une pièce de théâtre est programmée, s'y produiront Jacques Schwartz-Bart, Sony Troupé et Dominique Panol. Dissonance est également annoncé ! Or, ces artistes ont déjà conquis le public et se produisent dans diverses salles de concert de l'île. Quelle est la plus-value d'une scène nationale en l'occurrence? En quoi le fait de programmer ces stars éduquera-t-il les Guadeloupéens, conformément à la mission pédagogique d'une scène nationale? En outre, l'Artchipel propose deux projections de films ce trimestre, ainsi qu'une exposition sur la monnaie coloniale. Rappelons qu'une scène nationale a vocation à promouvoir le spectacle vivant, qui se définit par la présence physique d'au moins un artiste en représentation. Ni le cinema, ni l'exposition n'en font partie. On est alors en droit de se demander comment les priorités se définissent à l'Artchipel. Ces sujets ne s'intègrent même pas dans le projet artistique de José Plyia, qui s'intitule cette année, « transversalité des musiques caribéennes ». Sacrilège! Où est l'interdisciplinarité inhérente aux objectifs des scènes nationales? Confondre thème et discipline, ne serait-ce pas une forme de paresse intellectuelle? Le temps est révolu où on cloisonnait théâtre, danse, musique, cirque, …et nombre de metteurs en scène contemporains s'évertuent à les mêler dans un souci de véritable recherche artistique. Nous nous contenterons donc cette année d'aller au concert voir nos idoles habituelles? En novembre, Nicole Doguet remportera le gros lot. En effet, l'Artchipel procèdera à la projection du film 35 RHUMS dans la distribution duquel elle figure, elle y jouera COLERE , une pièce adaptée par José Plyia et elle y animera également un stage. Le hasard veut que cette comédienne ait également joué en 2006 dans « Nous étions assis sur le rivage du monde », une pièce de..José Plyia! En décembre, l'Artchipel fera venir Jean-Michel Ribes, qui présentera son film « Musée Haut, musée bas » ( produit en 2007) qui raconte les frasques et errances de divers personnages dans un musée. On a un peu de mal à comprendre ce choix, en contradiction avec les affirmations récentes du directeur de l'Artchipel (« c'est la Guadeloupe que nous voulons, diverse et riche dans sa diversité »). Aller chercher la diversité guadeloupéenne dans des situations si éloignées des préoccupations locales c'est un peu pousser le bouchon. A moins que les affirmations sus-citées ne s'inscrivent dans une forme de démagogie post-LKP? Jean-Michel Ribes animera lui aussi un stage à L'Artchipel. Il se trouve par ailleurs qu'il a mis en scène, en 2002, au théâtre du Rond-Point, le »complexe de Thénardier « de…je vous le donne en mille?…José Plyia! On peut supposer que les employeurs de M. Plyia lui ont supprimé l'enveloppe destinée à prospecter et découvrir, voire simplement à recevoir en audition, des auteurs, comédiens et metteurs en scène car il est apparemment contraint de puiser dans son lot de vieilles connaissances pour attribuer ses financements. Pour poursuivre la réflexion sur cette tendance au népotisme, il semble pertinent d'examiner les oeuvres que l'Artchipel, dont le secrétaire général est Lucien Jernidier, a accepté de co-produire en 2008/2009: -Contes à mourir debout avec Joël Jernidier -Embouteillage Caraïbe , d'après des textes, entre autres, de José Jerdinier Là encore le hasard fait bien les choses..! Profitons-en pour rappeler ici la différence fondamentale qui existe entre la direction d'une Scène Nationale (comme l'Artchipel), sensée soutenir les créations et s'impliquer dans une recherche artistique exigeante et celle d'un Centre National d'Art Dramatique, confiée à un homme de théâtre ou les directeurs jouent généralement leurs propres pièces. On conclura par cette question essentielle : de quoi auraient besoin les spectateurs guadeloupéens? Peut-être d'une scène nationale qui serait une référence en matière de programmation, privilégierait la création contemporaine dans tous les domaines du spectacle vivant (théâtre, danse, musique, cirque, etc.), stimulerait la curiosité et l'envie, amènerait les spectateurs vers plus d'ouverture et d'esprit critique, bref, accomplirait simplement la mission qui lui a été confiée. Alors, à quand l'Artchipel en mille morceaux? Nathalie Laul Partager sur Facebook Suite et source de l'article sur www.fwiyapin.fr | |