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C'est exact, cela fait plusieurs semaines que le documentaire a été diffusé puis gracieusement mis en ligne par son réalisateur sur le site de la Télé Libre. Avançant au rythme d'achatine qui nous est propre (et que nous revendiquons), nous avons enfin pu voir ce film sur la Guadeloupe dont nous avions reçu un écho fort positif. Effectivement, cette vidéo mérite d'être vue et il convient de saluer le travail de l'équipe de John-Paul Lepers malgré les maigres lacunes de la vidéo et l'irrépressible côté donneur de leçons du journaliste qui découvre une société compliquée à laquelle il ne s'attendait pas à être confrontée. Ce documentaire est donc intéressant à plus d'un titre. Si on retrouve les mêmes protagonistes que d'habitude, à savoir les syndicalistes, ministre, préfet, symboles de la pwofitasyon et anonymes à la parole plus ou moins éclairée, les images portant sur les cimetières d'esclaves ont soulevé une émotion certaine chez les spectateurs. Certains propos tenus par les protagonistes renforcent la caricature ou entretiennent une ambiguïté qui ne saurait être que linguistique. Touristes martyrs et vacanciers masos Les premières images du film sont à l'avenant. Sur une plage de Grande-Terre, la parole est donnée aux touristes. Leur interlocuteur ne possédant pas un taux de mélanine aussi élevé qu'Emmanuel Gombault, les vacanciers se confient avec davantage de franchise et d'honnêteté au micro. En substance ras le bol des grèves, pourtant une spécialité française précise le journaliste narquois. Une dame finit par lâcher, après avoir menacée d'aller désormais lézarder sous le soleil de la République Dominicaine, que la Guadeloupe est bien une colonie française. Une autre confie à propos des Guadeloupéens (les YO des YO ?): « ils ne nous aiment pas ». Malaise devant ces images. Difficile d'imaginer que l'équipe ait sélectionné le plus mauvais échantillon disponible. Alors le tourisme et son contingent aliéné et inaliénable de grincheux néo-colonialistes serait l'avenir de la colonie Guadeloupe ? Décolonisation administrative Pour les juristes obtus ou le citoyen qui a la « République » chevillée au corps, la Guadeloupe ne saurait être une colonie puisque devenue département en 1946. C'est également l'avis du conservateur du musée Schoelcher, nuancé toutefois par l'existence de « systèmes économiques qui rappellent ceux du temps de la colonie ». Pour Élie Domota, le secrétaire général de l'UGTG la réponse ne souffre pas de discussion: « Tous les indicateurs montrent que la Guadeloupe est toujours une colonie ». Le porte parole charismatique du LKP apparait avec son habituelle manichéisme et sa manière singulière de trancher dans le vif dont nous sommes désormais coutumiers. Mais on découvre aussi une autre facette du leader syndical qui va acheter du liquide vaisselle pour la maison et qui confie être de nature timide. Qui sont donc ces « Yo » demande intrigué le journaliste ? » Tous les méchants, les spéculateurs, les capitalistes qui nous exploitent quelle que soit leur couleur ». Puis de conclure par un cinglant: « chacun choisit son camp ». Lors de l'unique intervention hors de Guadeloupe, la secrétaire d'État à l'Outre-Mer, a des propos ambigus. En parlant de Métropole plutôt que de France ou d'Hexagone par exemple. Nous avions évoqué dans un précédent article le caractère implicite qu'il y a dans l'utilisation de ce mot. Penchard, entre les lignes, rejoint l'avis du fonctionnaire du musée Schoelcher puisqu'elle parle d'une « décolonisation administrative ». Pour la décolonisation du restan ; il faudra attendre l'élection présidentielle de 2012, m'ame la Ministre ? Qui est obsédé par la race et la pureté ? En visite chez Hervé Damoiseau, patron de la compagnie éponyme, John-Paul Lepers demande à un client s'il est un béké pratiquant la pwofitasyon. Le monsieur interrogé explique alors comment la famille de son père l'avait rejeté pour son union avec une métisse. L'obsession de la pureté de la race chez ceux qui vivaient et vivent toujours en apartheid est moins forte en Guadeloupe qu'en Martinique mais ce racisme, bien qu'en désuétude est toujours présent. Le préfet, Jean Fabre, qui trouve ridicule la question du journaliste (« la Guadeloupe est-elle une colonie? ») s'enlise péniblement dans une positive attitude teintée de relents de publicité Benetton. L'énarque tient des mots pouvant paraitre optimistes en évoquant un « mélange réussi des populations et des races ». Dommage que JPL n'ait pas demandé plus de détails sur les races dont parle le représentant de l'État. Encore une fois, voici une démonstration que l'ignorance la plus crasse est présente chez le plus haut représentant de l'état. Pour cette question qui ne saurait se résumer à un ergotage philosophique, nous invitons nos lecteurs du même avis à naviguer ici ou là . Le silence des cimetières d'esclaves: John-Paul le perce Combien de Guadeloupéens savent que dans le sable qui a servi à la construction des pistes de l'aéroport du Raizet il y a des morceaux d'os humains ? Que la piscine du « club med » à Saint-Anne (la Caravelle) est sise sur un cimetière d'esclaves ? Un témoignage éloquent est celui d'un musicien guadeloupéen. Il confie comment il jouait avec les ossements trouvés sur la plage dans son enfance. Et on comprend ainsi que la communauté guadeloupéenne a voulu oublier que ces ossements humains étaient ceux de ses ancêtres. Un déni collectif combattu par l'association Bay Lanmou. Les images consacrées aux cimetières sont les plus poignantes du documentaire. Blancs et Békés combien de divisions ? Comme le note la rédaction du site Perspektives , Lepers ignore complètement la présence de descendants de travailleurs indiens. Pas de politiciens dans ce reportage hormis la fille de Lucette Michaux-Chevry. JPL a-t-il manqué de temps ou jugé notre paysage politique si moribond qu'il a préféré ne pas les rencontrer ? On aperçoit la tronche de Lurel dans un meeting (des Régionales?). Lepers interroge son dircom Olivier Nicolas qui dit avoir eu peur pendant les 44 jours. Pas pour lui, mais pour les Blancs… Encore une confirmation du succès attribué au président de région dans cette tranche de l'électorat ? Le reportage parle d'un pourcentage établi de population blanche. On aimerait bien savoir d'où sortent ces chiffres puisqu'il n'existe pas de recensement ethnique en France. Alors 20% de Blancs, 10% de Békés et Blan-Péyi ? Cela a-t-il une importance hormis chez les spéculateurs électoraux ? Quid des chiffres du chômage, du PIB, du taux de couverture ? La question posée au départ laisse la place aux élucubrations de JPL qui veut expliquer aux Guadeloupéens qu'ils doivent se parler et connaitre leur passé… Plus une vidéo originale qu'une magistrale démonstration, le documentaire permet de toucher certains points sensibles de notre société et de nous en apprendre un peu plus sur nous-mêmes. Merci monsieur Lepers. http://latelelibre.fr/index.php/2010/06/guadeloupe-une-colonie-francaise/ Partager sur Facebook Suite et source de l'article sur www.fwiyapin.fr | | En savoir plus sur :
Article déposé le : 03/8/2010 05h31Vous aussi vous pouvez voter pour cet article. Soyez le premier ou la première à déposer un commentaire au sujet de cet article : A lire également :Les derniers articles : |
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