Certes les élections sont passées. Néanmoins que les Guadeloupéens n'oublient pas qui est le président de la région Guadeloupe. Nous vous proposons donc l'intégralité de l'entretien accordé par Victorin Lurel au mensuel Le Mika Déchaîné (n°24) avant son écrasant triomphe électoraliste. Au delà du projet de société, je veux que la Guadeloupe devienne une société de projets Ce que je veux pour la Guadeloupe, c'est qu'elle devienne une véritable société de projets, c'est-à-dire que chaque guadeloupéen devienne une force de proposition active et de construction effective pour son pays. On est bien au delà de la construction d'un projet de société. Nous avons déjà élaboré des projets pour la Guadeloupe jusqu'à l'horizon 2030, voire 2050. Et en réalité, il n'y rien de plus facile que de proposer un projet de société. Il suffit de se réunir à trois ou quatre, de mettre sur le papier quelques idées, de faire quelques réunions de concertation pour dire que l'on a consulté le peuple, et puis on a un projet de société en main. Alors que transformer la Guadeloupe en société de projets, c'est éminemment plus difficile à faire comprendre et à mettre en ?uvre. Car cela exige une véritable révolution socio-culturelle, une révolution dans nos mentalités, dans nos comportements, dans nos actions, presque dans nos réflexes. Il s'agit de permettre à chacun de conduire son propre projet et de confronter l'ensemble des projets. Faire de cette société une société de projets portés individuellement, mais avec une cohérence collective. Alors, on peut y voir l'ombre de la main invisible, on peut aussi me reprocher de faire jaillir l'harmonie collective à partir des bonheurs individuels. Peut-être … Cependant au delà de ces débats purement théoriques, moi je serai heureux de mettre en action une Guadeloupe dans laquelle chaque Guadeloupéen a les moyens de réaliser son parcours, son cursus, son projet professionnel. Je rêve d'une Guadeloupe dans laquelle chacun a les moyens d'organiser sa vie à sa manière. J'ai envie de dire que notre destin nous appartient, qu'il est entre nos mains. Loin d'être mû par une France toute puissante, ou par quelque état major de parti politique national, notre destin commun est à construire ensemble et par nous-même. Nous avons chacun notre mot à dire… C'est en ce sens que nous voulons donner les moyens nécessaires à ceux qui veulent conduire leurs propres projets tant au niveau individuel que collectif. Je crois en mon pays Je crois en la Guadeloupe. Je crois que nous avons une terre bourrée de talents, pleine d'énergie et de forces créatrices. En réalité ce que je veux dire c'est que je crois profondément aux Guadeloupéens. Je ne sais pas toujours l'exprimer, je ne sais pas toujours mettre des mots sur cet amour que j'éprouve pour mon pays. Et je me rends bien compte que dans l'action politique, cette dimension-là est importante. Mais trop de nos talents, de nos potentiels se sentent freinés par des considérations macro-sociologiques, macro-politiques : le colonialisme, les contraintes, les difficultés… C'est vrai, qu'ici nous avons nos entraves et nos contraintes, comme partout. Pourtant je ne peux m'empêcher de croire en mon pays. Vous savez, je suis résolument optimiste, car nos potentiels et nos talents sont là et ne demandent qu'à mieux s'exprimer. La question qui est à mon sens fondamentale est de savoir comment finalement exploiter toute cette formidable énergie. Comment aider ceux qui n'ont pas les moyens de faire émerger leurs talents. C'est là tout l'enjeu, car nous avons tout ce qu'il faut pour construire une véritable société édifiée par nos projets individuels et collectifs. Il nous faut sortir de nos contradictions ! Je crois que le bonheur est encore une idée neuve, ici. Moi, je suis convaincu que l'avenir nous appartient. Et quelque soit le système dans lequel nous sommes, nous ne devons pas nous sentir ligoter. Je pense que nous ne sommes jamais totalement irresponsables de ce qui nous arrive. Nous disons que la France est colonisatrice mais nous aimons son champagne, et nous sommes fiers d'en boire beaucoup. Nous ne voulons pas de transports collectifs, car nous aimons trop nos voitures. Nous ne voulons pas payer d'impôts, nous ne voulons pas payer le radar qui nous a flashé, alors nous fraudons. Personne n'a dit à nos hommes de pas prendre en charge leurs enfants, de ne pas leur donner nom et pensions alimentaires. Personne ne nous a dit de faire de nos routes les plus meurtrières de France, et de prendre le volant alors que nous avons trop bu. Pourtant, nous vivons trop souvent avec le sentiment que ce qui nous arrive ne nous incombe pas aussi. J'ai le sentiment que nous avons toujours une double lecture des évènements. Nous voyons au delà des faits objectifs, comme une confrontation perpétuelle qui n'ose s'avouer entre le blanc et le noir, entre le colon et le colonisé, entre l'exploiteur et l'exploité, entre le maître et l'esclave. Cette dialectique-là est à l'oeuvre à notre insu, et nous la laissons nous envahir comme un voile qui obscurcit nos consciences. Nous n'avons jamais réglé ces contradictions, même si certains tentent de travailler sur ces sujets comme Jacky Dahomay à travers ses textes, ou Georges Trésor dans son dernier opus « la Guadeloupe : l'enfermement identitaire ? »… Nous devons sortir de nos contradictions pour avancer. De la « Guadeloupe pour tous » à « Tous pour la Guadeloupe » Je disais hier « la Guadeloupe pour tous » et aujourd'hui je prône « Tous pour la Guadeloupe ». Il ne s'agit pas d'un simple jeu de mots… C'est le fruit de toute une réflexion qui part du constat qu'à l'époque à laquelle nous sommes arrivés en fonction, la Guadeloupe devait être rendue à ses enfants. La Guadeloupe était réservée à une clientèle, à un clan, à une coterie. Et je le dis comme je le pense, il fallait rompre avec ce système de corruption. Il nous fallait construire la « Guadeloupe pour tous », il fallait montrer que l'on pouvait diriger équitablement la Guadeloupe indépendamment des tendances politiques des uns et des autres. La Guadeloupe se devait d'être présente pour tous ses enfants. Peut-être que certains ont pu y voir une conception qui assimile la Guadeloupe à un gâteau que l'on se partagerait. Mais bien loin de cette interprétation au premier degré, nous voulions nous inscrire hors d'une conception « assistantielle » de la Guadeloupe, sortir de cette idée d'assistanat dans laquelle il suffirait d'attendre sa part du gâteau. Nous avons pris 6 ans pour réaliser ce chantier. Moi, je me suis engagé pour 2 mandats maximum en tant que Président de Région (sauf si la Guadeloupe change ses institutions, et là je ne sais pas encore ce que je déciderai). Aujourd'hui, il est temps de passer à « Tous pour la Guadeloupe ». Il est temps d'arrêter de se demander ce que la Guadeloupe peut faire pour nous, mais plutôt ce que nous, nous pouvons faire pour notre pays. C'est une vision ouverte, non hégémonique et plurielle de la Guadeloupe, loin des enfermements partisans. Une vision qui veut faire passer l'idée que les Guadeloupéens sont au service de leur pays et pas le pays à leur service. Quid du mouvement social ? Lorsque l'on vit un mouvement social tel que nous l'avons vécu en début d'année, il faut comprendre que l'on est face à un mouvement historique qu'il faut pouvoir soutenir efficacement. Mais, il est de ma responsabilité de ne pas céder à des méthodes qui sont loin d'être glorieuses. Je sais que suis dans le collimateur de beaucoup. Et c'est normal, on ne peut pas être élu au poste le plus important de notre système politique sans constituer une cible : c'est le jeu ! Pourtant, je dois avouer sans aucune forfanterie, que quelque part, après les 44 jours, le LKP m'a renforcé. Il est vrai que durant les premiers jours des mobilisations, j'en ai pris plein la figure… Mais au final certains ont apprécié la rectitude morale et comportementale dont j'ai su faire preuve pendant cette période. Lorsque que l'on est Président de Région, on est forcément considéré comme responsable de tout. Cependant depuis la fin des mobilisations, malgré la dureté des rapports et la tension palpable, je n'ai jamais eu autant de marques d'encouragements et d'affection de la part de la population, dans la rue, au téléphone, dans les réseaux sociaux etc. Et je dois dire que cela fait chaud au c?ur… Le tort du LKP a été de s'être servi du mouvement pour «déchouker» la classe politique locale, comme une sorte de coup d'état qui n'ose s'avouer . Il s'agit de la méthode de la « grève générale insurrectionnelle » qui a pour but de déstabiliser la société, l'économie et le pouvoir en place. Lorsque l'on écoute bien les propos des membres du LKP, on remarque que pour eux la notion d'autorité est forcément contestable. Et donc quelque part le mouvement social a eu des relents anarchistes et de contestation quasi absolue de tout pouvoir. Mais, il faut s'interroger. Comment bâtir une société dans laquelle toute forme d'autorité a été bafouée, dans laquelle on s'est habitué à ne rien respecter et à tout désacraliser ? Ne faut-il pas des garde fous? Quel guadeloupéen construit-on lorsque l'on conteste toute forme d'autorité au nom de la lutte contre un système? Pour le révolutionnaire professionnel, toutes les armes sont bonnes pour contester un système, même les plus odieuses. Pour les nationalistes, même si le pouvoir en place n'est pas despotique, il est en tous cas aliénant donc colonial, voire colonialiste. Alors toutes les armes pour éradiquer le colonialisme sont bonnes, quelque soit leur justesse morale. La fin justifie les moyens, c'est à mon sens, une forme de cynisme en action. Pour moi, la révolution est peut-être possible, mais elle peut se faire d'une autre manière, en respectant un certain nombre de valeurs fondamentales. En disant cela, je ne condamne pas les nationalistes, certains apportent leur contribution au débat. Mais il faut avouer que bon nombre d'entre eux répètent inlassablement les mêmes idées depuis les années 70, comme si le monde n'avait pas changé depuis. La décolonisation a tellement été espérée, rêvée, après Bandoung, et après la décolonisation de l'Afrique. Ils en rêvait mais ils n'ont pas pu faire ni la « guerre de guérilla » comme le Ché, ni la « sierra maestra » comme à Cuba, ni même « la révolution d'Octobre » à la russe, alors ils se sont essayés à la « grève générale insurrectionnelle ». La grève comme le substitut de la révolution que l'on n'a pas su faire. Ne pas s'enfermer dans la gestion mais penser le sens de son action politique Comment être avant-gardiste sans être trop détaché ou coupé de ses compatriotes? Il s'agit de questionner l'action politique que l'on mène. Comme disait Césaire « Un pas devant le peuple, jamais deux ! » Un président de Région passe son temps à gérer, à donner des subventions, à construire des routes, des lycées, à être la tête dans le guidon, et il peut vite oublier sa dimension de leader, de celui qui doit conduire son peuple. La question ne se poserait pas chez nous, si nous étions l'Ile-de-France ou la Bourgogne (encore qu'il existe une identité bourguignonne). Mais quand on se pose la question de conduire son peuple, il s'agit de le mener vers une terre promise. Cette terre promise, peut-être est-ce l'indépendance? Mais nous n'en sommes pas là… Pourtant la question se pose. Quel sens donner à la mission d'un politique qui a sa propre culture, alors même qu'il est intégré dans un système français et européen, éloigné de 8000 km? Ce questionnement-là est utile, mais il sera toujours sans fin, car il n'y aura pas de réponse parfaite. On peut s'enfermer dans une attitude de gestionnaire, et là sans se poser de questions, on gère en bon père de famille, un point c'est tout, sans aucun autre état d'âme. On peut ne pas se poser de questions transcendant la gestion quotidienne, ni les problématiques politiques ou morales liées à notre situation. On peut estimer que l'on est au sein d'un corpus juridique et philosophique français qui a réglé ces questions. Mais on devra se contenter de s'adapter à la réalité locale à coup de rustine et de sparadrap. Est-ce satisfaisant ? Je ne le crois pas. Il faut répondre à la demande sociale, sans s'enfermer dans une pensée qui n'appartienne qu'à une certaine « nomenklatura intellectuelle ». Il faut penser le sens de notre action politique au sein des aspirations de nos compatriotes. S'interroger sur l'identité guadeloupéenne, sur l'âme guadeloupéenne, sur la liberté guadeloupéenne, sur nos orientations à très long terme: tout cela est au c?ur même de notre action politique. Nous avons tous besoin de grandes idées, de grands projets, de savoir précisément où nous allons collectivement. Au delà du projet de société, je veux que la Guadeloupe devienne une société de projets Ce que je veux pour la Guadeloupe, c'est qu'elle devienne une véritable société de projets, c'est-à-dire que chaque guadeloupéen devienne une force de proposition active et de construction effective pour son pays. On est bien au delà de la construction d'un projet de société. Nous avons déjà élaboré des projets pour la Guadeloupe jusqu'à l'horizon 2030, voire 2050. Et en réalité, il n'y rien de plus facile que de proposer un projet de société. Il suffit de se réunir à trois ou quatre, de mettre sur le papier quelques idées, de faire quelques réunions de concertation pour dire que l'on a consulté le peuple, et puis on a un projet de société en main. Alors que transformer la Guadeloupe en société de projets, c'est éminemment plus difficile à faire comprendre et à mettre en oeuvre. Car cela exige une véritable révolution socio-culturelle, une révolution dans nos mentalités, dans nos comportements, dans nos actions, presque dans nos réflexes. Il s'agit de permettre à chacun de conduire son propre projet et de confronter l'ensemble des projets. Faire de cette société une société de projets portés individuellement, mais avec une cohérence collective. Alors, on peut y voir l'ombre de la main invisible, on peut aussi me reprocher de faire jaillir l'harmonie collective à partir des bonheurs individuels. Peut-être?… Cependant au delà de ces débats purement théoriques, moi je serai heureux de mettre en action une Guadeloupe dans laquelle chaque Guadeloupéen a les moyens de réaliser son parcours, son cursus, son projet professionnel. Je rêve d'une Guadeloupe dans laquelle chacun a les moyens d'organiser sa vie à sa manière. J'ai envie de dire que notre destin nous appartient, qu'il est entre nos mains. Loin d'être mû par une France toute puissante, ou par quelque état major de parti politique national, notre destin commun est à construire ensemble et par nous-même. Nous avons chacun notre mot à dire… C'est en ce sens que nous voulons donner les moyens nécessaires à ceux qui veulent conduire leurs propres projets tant au niveau individuel que collectif. Je crois en mon pays… Je crois en la Guadeloupe. Je crois que nous avons une terre bourrée de talents, pleine d'énergie et de forces créatrices. En réalité ce que je veux dire c'est que je crois profondément aux Guadeloupéens. Je ne sais pas toujours l'exprimer, je ne sais pas toujours mettre des mots sur cet amour que j'éprouve pour mon pays. Et je me rends bien compte que dans l'action politique, cette dimension-là est importante. Mais trop de nos talents, de nos potentiels se sentent freinés par des considérations macro-sociologiques, macro-politiques : le colonialisme, les contraintes, les difficultés… C'est vrai, qu'ici nous avons nos entraves et nos contraintes, comme partout. Pourtant je ne peux m'empêcher de croire en mon pays. Vous savez, je suis résolument optimiste, car nos potentiels et nos talents sont là et ne demandent qu'à mieux s'exprimer. La question qui est à mon sens fondamentale est de savoir comment finalement exploiter toute cette formidable énergie. Comment aider ceux qui n'ont pas les moyens de faire émerger leurs talents. C'est là tout l'enjeu, car nous avons tout ce qu'il faut pour construire une véritable société édifiée par nos projets individuels et collectifs. Il nous faut sortir de nos contradictions ! Je crois que le bonheur est encore une idée neuve, ici. Moi, je suis convaincu que l'avenir nous appartient. Et quelque soit le système dans lequel nous sommes, nous ne devons pas nous sentir ligoter. Je pense que nous ne sommes jamais totalement irresponsables de ce qui nous arrive. Nous disons que la France est colonisatrice mais nous aimons son champagne, et nous sommes fiers d'en boire beaucoup. Nous ne voulons pas de transports collectifs, car nous aimons trop nos voitures. Nous ne voulons pas payer d'impôts, nous ne voulons pas payer le radar qui nous a flashé, alors nous fraudons. Personne n'a dit à nos hommes de pas prendre en charge leurs enfants, de ne pas leur donner nom et pensions alimentaires. Personne ne nous a dit de faire de nos routes les plus meurtrières de France, et de prendre le volant alors que nous avons trop bu. Pourtant, nous vivons trop souvent avec le sentiment que ce qui nous arrive ne nous incombe pas aussi. J'ai le sentiment que nous avons toujours une double lecture des évènements. Nous voyons au delà des faits objectifs, comme une confrontation perpétuelle qui n'ose s'avouer entre le blanc et le noir, entre le colon et le colonisé, entre l'exploiteur et l'exploité, entre le maître et l'esclave. Cette dialectique-là est à l'oeuvre à notre insu, et nous la laissons nous envahir comme un voile qui obscurcit nos consciences. Nous n'avons jamais réglé ces contradictions, même si certains tentent de travailler sur ces sujets comme Jacky Dahomay à travers ses textes, ou Georges Trésor dans son dernier opus « la Guadeloupe : l'enfermement identitaire ? »… Nous devons sortir de nos contradictions pour avancer. De la « Guadeloupe pour tous » à « Tous pour la Guadeloupe » Je disais hier « la Guadeloupe pour tous » et aujourd'hui je prône « Tous pour la Guadeloupe ». Il ne s'agit pas d'un simple jeu de mots… C'est le fruit de toute une réflexion qui part du constat qu'à l'époque à laquelle nous sommes arrivés en fonction, la Guadeloupe devait être rendue à ses enfants. La Guadeloupe était réservée à une clientèle, à un clan, à une coterie. Et je le dis comme je le pense, il fallait rompre avec ce système de corruption. Il nous fallait construire la « Guadeloupe pour tous », il fallait montrer que l'on pouvait diriger équitablement la Guadeloupe indépendamment des tendances politiques des uns et des autres. La Guadeloupe se devait d'être présente pour tous ses enfants. Peut-être que certains ont pu y voir une conception qui assimile la Guadeloupe à un gâteau que l'on se partagerait. Mais bien loin de cette interprétation au premier degré, nous voulions nous inscrire hors d'une conception « assistantielle » de la Guadeloupe, sortir de cette idée d'assistanat dans laquelle il suffirait d'attendre sa part du gâteau. Nous avons pris 6 ans pour réaliser ce chantier. Moi, je me suis engagé pour 2 mandats maximum en tant que Président de Région (sauf si la Guadeloupe change ses institutions, et là je ne sais pas encore ce que je déciderai). Aujourd'hui, il est temps de passer à « Tous pour la Guadeloupe ». Il est temps d'arrêter de se demander ce que la Guadeloupe peut faire pour nous, mais plutôt ce que nous, nous pouvons faire pour notre pays. C'est une vision ouverte, non hégémonique et plurielle de la Guadeloupe, loin des enfermements partisans. Une vision qui veut faire passer l'idée que les Guadeloupéens sont au service de leur pays et pas le pays à leur service. Quid du mouvement social ? Lorsque l'on vit un mouvement social tel que nous l'avons vécu en début d'année, il faut comprendre que l'on est face à un mouvement historique qu'il faut pouvoir soutenir efficacement. Mais, il est de ma responsabilité de ne pas céder à des méthodes qui sont loin d'être glorieuses. Je sais que suis dans le collimateur de beaucoup. Et c'est normal, on ne peut pas être élu au poste le plus important de notre système politique sans constituer une cible : c'est le jeu ! Pourtant, je dois avouer sans aucune forfanterie, que quelque part, après les 44 jours, le LKP m'a renforcé. Il est vrai que durant les premiers jours des mobilisations, j'en ai pris plein la figure… Mais au final certains ont apprécié la rectitude morale et comportementale dont j'ai su faire preuve pendant cette période. Lorsque que l'on est Président de Région, on est forcément considéré comme responsable de tout. Cependant depuis la fin des mobilisations, malgré la dureté des rapports et la tension palpable, je n'ai jamais eu autant de marques d'encouragements et d'affection de la part de la population, dans la rue, au téléphone, dans les réseaux sociaux etc. Et je dois dire que cela fait chaud au coeur… Le tort du LKP a été de s'être servi du mouvement pour « déchouké » la classe politique locale, comme une sorte de coup d'état qui n'ose s'avouer . Il s'agit de la méthode de la « grève générale insurrectionnelle » qui a pour but de déstabiliser la société, l'économie et le pouvoir en place. Lorsque l'on écoute bien les propos des membres du LKP, on remarque que pour eux la notion d'autorité est forcément contestable. Et donc quelque part le mouvement social a eu des relents anarchistes et de contestation quasi absolue de tout pouvoir. Mais, il faut s'interroger. Comment bâtir une société dans laquelle toute forme d'autorité a été bafouée, dans laquelle on s'est habitué à ne rien respecter et à tout désacraliser ? Ne faut-il pas des garde fous? Quel guadeloupéen construit-on lorsque l'on conteste toute forme d'autorité au nom de la lutte contre un système? Pour le révolutionnaire professionnel, toutes les armes sont bonnes pour contester un système, même les plus odieuses. Pour les nationalistes, même si le pouvoir en place n'est pas despotique, il est en tous cas aliénant donc colonial, voire colonialiste. Alors toutes les armes pour éradiquer le colonialisme sont bonnes, quelque soit leur justesse morale. La fin justifie les moyens, c'est à mon sens, une forme de cynisme en action. Pour moi, la révolution est peut-être possible, mais elle peut se faire d'une autre manière, en respectant un certain nombre de valeurs fondamentales. En disant cela, je ne condamne pas les nationalistes, certains apportent leur contribution au débat. Mais il faut avouer que bon nombre d'entre eux répètent inlassablement les mêmes idées depuis les années 70, comme si le monde n'avait pas changé depuis. La décolonisation a tellement été espérée, rêvée, après Bandoung, et après la décolonisation de l'Afrique. Ils en rêvait mais ils n'ont pas pu faire ni la « guerre de guérilla » comme le Ché, ni la « sierra maestra » comme à Cuba, ni même « la révolution d'Octobre » à la russe, alors ils se sont essayés à la « grève générale insurrectionnelle ». La grève comme le substitut de la révolution que l'on n'a pas su faire. Ne pas s'enfermer dans la gestion mais penser le sens de son action politique Comment être avant-gardiste sans être trop détaché ou coupé de ses compatriotes? Il s'agit de questionner l'action politique que l'on mène. Comme disait Césaire « Un pas devant le peuple, jamais deux ! » Un président de Région passe son temps à gérer, à donner des subventions, à construire des routes, des lycées, à être la tête dans le guidon, et il peut vite oublier sa dimension de leader, de celui qui doit conduire son peuple. La question ne se poserait pas chez nous, si nous étions l'Ile-de-France ou la Bourgogne (encore qu'il existe une identité bourguignonne). Mais quand on se pose la question de conduire son peuple, il s'agit de le mener vers une terre promise. Cette terre promise, peut-être est-ce l'indépendance? Mais nous n'en sommes pas là… Pourtant la question se pose. Quel sens donner à la mission d'un politique qui a sa propre culture, alors même qu'il est intégré dans un système français et européen, éloigné de 8000 km? Ce questionnement-là est utile, mais il sera toujours sans fin, car il n'y aura pas de réponse parfaite. On peut s'enfermer dans une attitude de gestionnaire, et là sans se poser de questions, on gère en bon père de famille, un point c'est tout, sans aucun autre état d'âme. On peut ne pas se poser de questions transcendant la gestion quotidienne, ni les problématiques politiques ou morales liées à notre situation. On peut estimer que l'on est au sein d'un corpus juridique et philosophique français qui a réglé ces questions. Mais on devra se contenter de s'adapter à la réalité locale à coup de rustine et de sparadrap. Est-ce satisfaisant ? Je ne le crois pas. Il faut répondre à la demande sociale, sans s'enfermer dans une pensée qui n'appartienne qu'à une certaine « nomenclatura intellectuelle ». I l faut penser le sens de notre action politique au sein des aspirations de nos compatriotes. S'interroger sur l'identité guadeloupéenne, sur l'âme guadeloupéenne, sur la liberté guadeloupéenne, sur nos orientations à très long terme: tout cela est au coeur même de notre action politique. Nous avons tous besoin de grandes idées, de grands projets, de savoir précisément où nous allons collectivement. Partager sur Facebook Suite et source de l'article sur www.fwiyapin.fr | |